
La déclaration du Conseil Scientifique Suprême : Établir les prières de l’Aïd dans les foyers et les foyers selon la manière légitime au vu des circonstances exceptionnelles actuelles
Au vu des circonstances exceptionnelles actuelles liées au déclenchement de l’épidémie de Corona (Covid 19), le Conseil Scientifique Suprême a publié le mercredi 26 Ramadan 1441 (20 mai 2020) une déclaration concernant l’établissement des prières de l’Aïd dans les foyers...





![Les dimensions spirituelles et culturelles des relations maroco-nigérianes[1] Au nom d’Allah le Tout-Clément et le Très Miséricordieux. Louange à Allah glorifié en toute langue, reconnu pour Sa Générosité, Sa Prévenance et Sa gracieuse gratitude; Il a créé l’Homme et lui a appris à s’exprimer clairement; et qu’Allah appelle Sa prière et Son salut sur notre Seigneur Mohammad, élu parmi les enfants d ‘Adnane; ainsi que sur les Siens purs et sur ses Compagnons, les plus nobles d’entre tous, tant que s ‘accordera l’astre polaire à son jumeau, et tant que la nuit et le jour discorderont. Votre Majesté, Commandeur des croyants, J’ai l’honneur, ci-devant Votre présence, de soumettre cette conférence, si Vous l’autorisez, afin d’évoquer quelques-unes des dimensions spirituelles et culturelles des relations maroco-nigérianes; et ce, partant de la Parole d’Allah, qu’Il soit exalté: «Ô Hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est Omniscient et bien Informé». [Al-Hujurat ‘les appartements’ :13] Car le Maroc et le Nigeria sont unis par de profus liens de foi, et par des relations humaines indéfectibles, profondément ancrées et amplement enracinées, pour l’étude de laquelle il faudrait convoquer une grande équipe interdisciplinaire de chercheurs spécialisés pour lui rendre justice. Quoi qu’il en soit, et en respect de la règle de la jurisprudence qui accorde que la solution aisée soit jamais écartée par celle pénible nous dirons, implorant l’aide d’Allah, qu’il soit exalté. Le contexte du verset, argument de notre conférence et la réalité de la relation maroco-nigériane imposent que l’on traite le sujet en quatre axes: Le premier axe traitera de la dimension humaine, inspirée de l’appel divin aux gens; appel signifié par l’apostrophe présente dans l’amorce du verset; Le second axe portera sur l’aspect social, manifeste dans l’expression du verset: « pour que vous vous entre-connaissiez »; Le troisième axe évoquera l’aspect spirituel, déduit de la Parole d’Allah, qu’Il soit exalté : « Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux » ; Le quatrième axe permettra de traiter de l’aspect scientifique et culturel, entrevu dans la Parole d’Allah, qu’il soit exalté : « Allah est Omniscient et bien Informé ». Le premier axe : la dimension humaine L’humanisme est l’une, des propriétés essentielles de l’Islam. Il occupe une place d’importance au sein de ses axiomes théoriques et dans ses applications pratiques. Humanisme qui a été rigoureusement associé à ses croyances, à ses rituels, à sa méthode et à son éthique. Il est d’une grande sagesse de souligner dans les premières révélations, à la sourate Al-‘alaq (l’Adhérence), que le mot ‘homme’ est répété deux fois, cependant que l’ensemble des cinq versets contextuels ont pour objet une favorable attention envers l’Homme; et ce, bien que l’on puisse considérer que le Coran, comme l’affirment quelques savants, est déjà dans sa totalité un Livre humaniste. Car son discours est consacré soit à évoquer l’homme, soit à lui parler. Le Coran a donc une visée humaniste. Ce qui ne s’oppose point à la nature divine de ses finalités, tant le Créateur n’est pas l’opposé de la créature. C’est peut-être même qui transparait de l’adjonction glorificatrice des ‘hommes’ par trois fois dans la même phrase; où Il dit, ainsi est-il le plus Puissant des orateurs : « Dis : ‘je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes, le Roi des hommes, le Dieu des hommes, de l’aube naissante, contre le mal du tentateur perfide» [An-Nâs ‘les Hommes’ :1-4]. Il est entendu ici par »humanité » les caractéristiques qualifiant un individu, un groupe d’individus, sinon l’Oumma entière, dans le cadre d’une conscience collective bienfaitrice en quête de l’achèvement de la perfection, et qui se manifeste dans les relations mutuelles des individus ou des nations. L’on peut condenser les caractéristiques dans la parole d’Allah, qu’il soit exalté: « Soyez plutôt solidaires dans la charité et la piété… » [Al-Mâ’ida ‘la table’ :2]. Partant, Sa divine Parole, qu’il soit exalté, au début du verset guidant cette causerie « Ô vous les hommes » puis « d’un mâle et d’une femelle » est la plus évidente confirmation des liens de parenté humaine qui rattachent tous les hommes les uns aux autres. Et qu’Allah agrée l’œuvre du père des deux Hassan, Ali ibnou Abi Talib, qui semble expliquer ce verset quand il affirme : « Les gens sont de deux types: ils sont soit un frère dans la religion, soit un semblable dans la création ». On en déduit que l’intérêt de l’appel divin est d’instaurer un principe d’égalité entre les fils de l’Homme. Les nigérians ont donc retrouvé dans l’islam, cette nouvelle religion à laquelle les marocains les ont convertis, leur religion innée ; où il n’y a absolument aucune place à la ségrégation raciale ou à la supériorité des uns par rapport aux autres. Ce haut principe humain a, depuis, été entretenu, et il a protégé de ses auspices les liens entre le Maroc et le Nigéria, au point que les cénacles de Marrakech avaient ouvert la voie devant l’homme de lettres Nigérian Abou Ishaq de Kanem pour enseigner dans leurs plus prestigieux établissements, très fréquentés alors de savants et d’hommes riches en sciences, à l’heure où ses frères Africains étaient conduits enchaînés et ligotés et conduits vers les marchés de servitude occidentaux. Ce raffinement moral est la seule explication possible au fait que les rois du Kanem Bornou Nigérians faisaient venir dans leurs cours les ouléma Marocains, comme il apparait dans la lettre adressée par l’un des sultans de Bornou, en l’an huit-cent quarante trois de l’Hégire, à quelques ouléma Marocains, sous le règne Mérinide, et dans laquelle il leur reproche leur longue absence : « Pour quelle raison avez-vous renoncé aux bons usages de vos grands prédécesseurs ? Pourquoi ne daignez-vous plus descendre parmi nous et envoyer les émissaires comme vous le fîtes avec notre souverain ; venez donc comme à votre habitude, le pays est le vôtre comme il a été le pays de vos anciens !» Et, parmi les traits humanistes de cette relation, se trouve également le vivre-ensemble pacifique, en dépit de la différence de religion. Car, parce que les Marocains ont été reconnus pour la fiabilité de leurs transactions, les rois idolâtres de l’Afrique de l’Ouest recouraient à leurs services dans la gestion des affaires étatiques et leurs confiaient les plus hautes responsabilités, comme cela fut attesté historiquement dans les deux royaumes du Ghana et d’Oyo; ce dernier se trouve dans la partie occidentale du Sud de l’actuelle Nigéria. Les nobles qualités morales et éthiques de ces conseillers ont été déterminantes et ont ouvert la voie devant l’expansion de l’Islam. Le deuxième axe : l’aspect civilisationnel S’il fallait un seul terme pour qualifier les relations maroco-africaines ce devra être s’entre connaitre, dont l’on voit une occurrence dans le verset qui nous inspire. L’on remarque que le contexte coranique ne s’est pas arrêté aux limites de l’expression ‘faire connaissance’, à sens unique. Le Vrai, qu’Il soit exalté, n’a pas dit « pour que vous fassiez connaissance », mais bien « pour que vous vous entre-connaissiez », car ‘s’entreconnaître’ se définit par cela même qu’il présuppose la reconnaissance des spécificités, et évite la dissolution des identités culturelles des peuples qui’ s’entre-connaissent. Et si les théoriciens ont donné des définitions très hétéroclites du concept « civilisation », la matière brute dont ont été forgées toutes celles-ci est précisément « s’entre-connaître ». La reconnaissance de l’autre, notion voisine de l’entre connaissance, est plus forte et plus parlante que le concept de »tolérance », galvaudé ces jours-ci. Parler d’entre-connaissance nous conduit, si nous voulons fixer les concepts, à évoquer la civilisation définie par certains comme « toute production ou œuvre qui reflète les spécificités intellectuelles, affectives, comportementales de l’homme social conscient, dans le cadre de hautes valeurs, et principes idéaux, qui fait le bonheur de l’humanité tout entière. » Certains ouléma musulmans ont conclu, après en avoir sondé les profondeurs dans le noble Coran, à un sens islamique de la civilisation et qui est « La présence-au-monde et la posture de témoignage, dans tous ses sens, et dont est issu un modèle humaniste induisant les valeurs de la foi en l’unicité et en la déité avérée. De ce modèle émerge une dimension métaphysique corrélative à l’unicité du Créateur de l’univers, qui en a fixé les règles et les lois et qui en détient le destin et le devenir. Partant, le rôle de l’Homme et sa mission consistent dans l’accomplissement d’une lieutenance du Créateur, en peuplant Sa Terre, en la développant, en y rendant possible le bien-vivre des gens, en parachevant son plein empire sur elle, en mettant à profit ses avantages, en traitant pour le mieux les choses mises à sa disposition dans l’univers et en édifiant des relations paisibles avec elles. Car celles-ci sont des créatures qui magnifient Allah ou sinon, chacune d’elles est un de Ses biens que l’Homme doit préserver, et dont il doit prendre soin, par obligation religieuse. L’homme doit également établir des relations avec les autres fils de l’Homme, partout sur terre ; relations fondées sur la fraternité, la concorde, l’amour du bien et la quête commune du bonheur Ici-bas et dans l’Au-delà. » Cette conception coranique de la civilisation est celle-là même qui recouvre les relations maroco-nigérianes ; relations qui plongent dans les profondeurs du temps, jusqu’avant le Cinquième siècle avant Jésus-Christ, époque du « commerce muet » d’après l’expression d’Hérodote, c’est-à-dire le troc sans aucune négociation verbale. Le commerce muet étant la plus vieille forme qu’a connue l’humanité en termes de transactions financières, construites sur la confiance et la droiture. Et, peu après la moitié du XIème siècle chrétien, le géographe Andalou Marocain, Abu 0baïd Al-Bakri, fait une description minutieuse des chemins et voies commerciales transsahariennes ; dont certaines, ont été, à l’époque, très connues par les caravanes partant de Marrakech, Tlemcen, Tunis et Tripoli à destination du Sud, traversant le Sahara pour atteindre les principaux centres commerciaux en Afrique de l’Ouest. L’historien britannique John Donnelly Fage rapporte comment quelques Marocains assuraient le rôle d’agents commerciaux intermédiaires entre les Nigérians et les Européens ; en élisant domicile dans les centres commerciaux de l’actuelle Nigéria où ils attendaient l’arrivée des denrées qu’ils redistribuaient, et en centralisant, à leur tour, les marchandises qu’ils expédiaient vers le littoral. L’Islam a donc déferlé, à travers ces négociants Marocains, tel des torrents du haut des montagnes, irrigant de vastes contrées de ce que l’on appelle actuellement le Nigéria. Quelques-uns de ces Marocains se sont mêlés aux locaux et se sont installés parmi eux, ce dont est issue une descendance. Les Arabes, célèbres au Nigéria sous le nom d’Arabes Choas, comptent par millions et représentent un pourcentage conséquent de la population. Ils sont basés essentiellement dans les provinces nord-orientales. Ils sont issus de tribus arabes originelles, dont quelques fractions ont migré depuis le Maroc ; leurs origines respectives peuvent remonter jusqu’aux Qawâlim, aux Tawâbit, aux Hamidiyyah et aux Chawâfi. Ils maintiennent encore leur langue vivante et leurs coutumes arabes originelles. Parmi leurs hommes les plus célèbres, l’on compte le Chérif Ibrahim Saleh AI-Houssaini, actuel mufti des contrées nigérianes. Quelque chercheur Marocain voit que les usages et la culture de la langue Haoussa, la langue africaine la plus répandue, après l’arabe, sont le produit d’une proximité interculturelle maroco-nigériane. Il dit: «Ainsi, les berbères se sont mélangés aux Noirs et aux Arabes dans le Sahara, et dans ses versants occidentaux et méridionaux; les us, les coutumes et les lignages se sont mélangés et les relations se sont consolidées; de ce métissage est issu le peuple Haoussa.» Le Huitième siècle de l’Hégire ne s’était pas encore achevé lorsque l’acculturation avait atteint son apogée. L’écrivain viennois Jeofaney Lorinzo, sur la base d’informations recueillies en 1575, dit: « Kano est considérée, à côté de Fès et du Caire, comme l’une des villes les plus importantes d’Afrique. A telle enseigne que le visiteur, selon les Marocains, ne manquera de rien de ce qu’il pourrait y rechercher. Elle se trouve à la tête d’un triangle dont la base est Fès et le Caire, par rapport auxquelles elle se trouve à égale distance». Ce sont là paroles exactes. Kano, la plus grande cité islamique subsaharienne, a été redessinée sur le modèle de la ville de Fès, grâce aux architectes Wangaras Maliens qui ont acquis leur savoir-faire chez l’ingénieux architecte marocain Abou Ishaq Ibrahim As-Sahili, Et à la suite de bouleversements de la traditionnelle route marocaine de la caravane du Hajj, pour cause des violentes luttes entre les Ottomans et les Européens qui avaient investi, durant la première moitié du XVIème siècle de l’ère chrétienne, le bassin méditerranéen, le pays Haoussa est devenu une escale pour les Marocains en voie vers le Hijâz. Quant au niveau officiel, une correspondance a été entretenue entre le prince Sâadien Ahmed Al-Mansour, et le souverain du Royaume de Kanem Bornou. Correspondance qui a finalement abouti à l’envoi d’un pacte d’allégeance envers le Prince Sâadien, de la part du souverain de Kanem; sauf que la mort inattendue, en cours de route, de l’ambassadeur du Kanem, a empêché l’arrivée de la lettre à son destinataire. Il y a eu également d’autres correspondances similaires entre les princes Sâadiens et ceux du Royaume de Kabi, qui se trouve actuellement dans le Nord du Nigéria. Quant à la visite de l’éminent savant Mohammed Ibnou Abdelkarim El-Maghili à Kano, au neuvième siècle de l’Hégire, elle est considérée comme une nouvelle victoire éclatante, non pas seulement pour Kano mais aussi pour l’ensemble des provinces des Haoussas. Parce qu’El-Maghili avait une immense maîtrise quant à l’architecture des lignes de la politique jurisconsulte dans ces contrées. Il leur a montré les stratégies à adopter pour désigner les cadis, pour faire respecter les lois et pour réformer les affaires sociales par le biais des contrôles financiers et commerciaux, la hisba aussi bien que les systèmes d’enseignement à adopter, la formation des imams et des prédicateurs et la proscription de la nudité publique, qui avait encore cours dans certains milieux à cette époque. A tel point que l’auteur de l’ouvrage ‘ Les traditions de Kano’ affirme que les caftans, les turbans et les robes amples, considérés actuellement comme le costume national traditionnel de toutes les tribus musulmanes du Nigéria ont été généralisés du temps du prince de Kano Mohammad Ramfa, qui avait fait venir l’imam El-Maghili ; et c’est ce qui renforce les présomptions que ces façons de s’habiller faisaient partie du lot de présents offerts aux habitants du Nigéria, initialement. Le troisième axe : le principe spirituel Allah a mis, dans le verset qui nous occupe, une aune précise pour qui voudrait obtenir Sa grâce, et une piste pour qui voudrait concourir en émule avec Ses élus. Il dit, car Il est le seul détenteur de la Puissance du verbe: « Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux »; la piété a failli devenir synonyme de la foi en l’unicité divine dans le Coran. Allah, qu’Il soit exalté, dit: « … en leur inspirant (les croyants) de suivre la voie de la piété» [al-fath ‘la victoire’ :26]. Ibnou Rajab affirme: « La piété est le testament d’Allah au bénéficie de toutes Ses créatures; elle est le legs du Messager d’Allah, qu’Allah appelle sur lui Sa Prière et Son salut, au profit de sa Oumma. Le Messager, qu’Allah appelle sur lui Sa Prière et Son salut, quand il désignait un émir à la tête d’un peloton en expédition, lui recommandait, en ce qui concernait particulièrement ce dernier, de rechercher la piété devant Allah et de veiller pour le mieux sur ses compagnons. Et quand le Messager, qu’Allah appelle sur lui Sa Prière et Son salut, a prêché lors du dernier pèlerinage, appelé »pèlerinage d’adieu « , le jour du sacrifice, il a recommandé aux gens la piété en craignant Allah et en obéissant à leurs imams. Quand il eut fini sa prédication, les gens dirent : »Ce nous semblent des prédications proches d’un adieu, conseille-nous donc; il dit : «Je vous recommande la piété, [la disponibilité à] l’écoute et l’obéissance». La piété est la wilaya (l’alliance divine); et les pieux sont les fervents protégés d’Allah. Les deux, piété et wilaya, sont intimement liées, tel qu’en témoigne le Coran. Allah, qu’il soit exalté, dit : «…alors que ses vrais gardiens [la mosquée sacrée] sont ceux qui craignent le Seigneur» [Al-Anfâl ‘les prises de guerre’ :34]. Et Il dit, seul détenteur du verbe Puissant: «En vérité, les servants d’Allah ne connaîtrons ni crainte ni peine, car ceux qui ont la foi et qui craignent le Seigneur…» [Yûnus ‘Jonas’ : 62-63]. Et si quelques saints hommes ont défini la piété comme la disposition absolue à l’obéissance aux commandements et à l’absolu bannissement des malfaisances, de manière à se faire agréer par Allah, qu’il soit exalté, et non pas par un quelconque serviteur, la définition conduite se trouve être, identiquement, l’une des plus célèbres interprétations du soufisme; celle-là même choisie par notre seigneur Abou Al-Abass Ahmad Ibnou Mohamad At-Tijani, qu’Allah agrée son œuvre. C’est en se référant à cette vue que le discours sur la piété peut être dit le même que celui sur le soufisme, à propos duquel la communauté des ouléma musulmans est unanime sur ce fait qu’il représente la méthode sunnite de la purification-élévation, comme il est l’une des révolutions spirituelles dans l’Islam. L’Islam a pénétré au Nigéria par la voie soufie, grâce au mouvement almoravide. Nous nuancerons en disant que l’Islam pourrait s’être répandu dans ces contrées grâce aux commerçants, comme nous le savons et comme mentionné plus haut, cependant il faut préciser que les Almoravides ont, eux, œuvré à accélérer l’islamisation du Soudan occidental, qui était déjà en cours, mais de façon lente et graduelle. Et, depuis, se sont installées des zaouïas de « voies soufies », dont certaines sont d’origine moyen-orientales comme la Qadiriyyah et la Rifaiyyah, mais qui ont toutes convergé vers l’Afrique de l’Ouest, et au Nigéria particulièrement, en empruntant les accès marocains et après en avoir pris les allures, avant de disséminer dans l’Afrique de l’ouest. La tariqa Qadiriyyah par exemple s’est diffusée grâce aux Cheikhs Kountis »dont la famille s’était installée pendant une certaine période dans la région de Touat, puis s’est implantée au cœur du Sahara et des régions du Soudan de l’Ouest ». Des auteurs voient que Mohammed Ibnou Abdelkarim El-Maghîlî fut le premier à introduire la tariqa Qadiriyyah au Nigéria, car le cheikh de l’ensemble du tariqa au Nigéria est le grand résistant Othmane Ibnou Foudy, fondateur de l’état islamique Foudy, dont la chaîne de maîtres-tuteurs dans la tariqa remonte jusqu’à Mohammed Ibnou Abdelkarim El-Maghili. Ceci dit, le véritable soulèvement de cette relation spirituelle, n’a commencé qu’avec l’installation de la zaouïa Tijaniya à Fès, ce qui fut l’œuvre de notre seigneur Abi Al-Abbas Ahmad Ibnou Mohammad At-Tijani et qui a ouvert une nouvelle page des relations maroco-nigérianes, pour la cause de laquelle les cœurs des Musulmans Nigérians se sont attachés au Maroc, d’une façon dont seul Allah connait la profondeur. Car actuellement se trouvent des dizaines de milliers de zaouïas Tijaniya, dont chacune constitue en réalité une légation culturelle du Royaume du Maroc au Nigéria. Inutile de demander jusqu’à quel point vont l’allégeance, l’amour, la compassion, et la sincérité des prières dans l’isolement comme dans les manifestations publiques; et ainsi se sont attachés des cœurs au Maroc, d’un attachement sans nul pareil. La tariqa Tijaniya a pris naissance à Fès, alors Capitale de la dynastie Alaouite, sous le règne du Sultan Moulay Slimane. Son fondateur est notre seigneur Abou Al-Abbas Ahmad Ibnou Mohammad At-Tijani; ce fut le début d’un mouvement saturé du désir de répandre l’Islam et la tariqa en Afrique et dont les plants furent parmi les plus fructueux. La tariqa a gagné l’Ouest de l’Afrique grâce au pieux, versé dans la connaissance d’Allah, le Cheikh Mohammad Al-Hafidh Al-Alaoui At-Tijani, l’un des plus éminents disciples du fondateur de la tariqa. C’est chez lui que fut formé le cheikh moujahid Omar Al-Fouty par truchement; ce dernier a accompli les actions connues dans la diffusion de la tariqa Tijaniya aux confins de l’Afrique, et c’est lui qui l’a introduite au Nigéria, grâce aux liens de parenté étroits qui l’unissent avec la famille Foudy et avec les princes du Royaume du Kanem-Bornou, à telle enseigne que l’on dit que le Sultan Mohammed Bello Ibnou Cheikh Othmane Ibnou Foudy a été initié à la tariqa par le cheikh Al-Fouty. Puis arriva, au Vingtième siècle, l’homme qui a le plus fait pour la diffusion de la tariqa tijaniya : le cheikh Ibrahim Niass Al-Koulkhi, dont les adeptes constituent la plus large classe sociale en Afrique de l’Ouest, et au Niger particulièrement. Un journal marocain a estimé le nombre de ses adeptes, de son vivant, à pas moins de quarante millions d’âmes. Et, sommes toutes, «l’Afrique et son Sahara ont retrouvé dans la dynamique duelle sunnite : la Dynastie Alaouite et la tariqa tijaniya, le meilleur des apprêts pour propager la pensée islamique et les édifices de la sounna mahométane; le Maroc en a acquis une renommée qui a fait des Rois Alaouites les pionniers de l’unité, de la Mer Méditerranée au fleuve Niger. » L’on ne peut refermer cet axe sans signaler que parmi les saints hommes affidés à l’amour d’Allah rencontrés, dans ses voyages, par Ahmad Al-Yamani (qui venait de Fès), se trouvait Sidi Abdallah Ibnou Abdeljalil Al-Bornoui, des miracles duquel le renom avait largement gagné le Maroc, notamment grâce au même Al-Yamani et grâce à l’ouvrage composé par Abdelhay Al-Halabi et qu’il a titré : « Myrte des cœurs, à propos des mystères occultes du Cheikh Abdallah Al-Bornoui ». Votre Majesté Parmi les merveilles de la destinée telle qu’Allah, le Très-Puissant et l’Omniscient, en détient les fils, est que la rencontre entre le cheikh Nigérian avec son disciple Ahmad Al-Yamani qui venait de Fès au Nord du Nigéria, a eu lieu la même année de la fondation de l’histoire de votre noble Dynastie Alaouite chérifienne. Le quatrième axe : le principe scientifique et culturel La science est à l’origine de tout bienfait. Elle libère les esprits des illusions qui les restreignent, et elle prédispose l’œuvre à l’agrément divin ; elle dévoile devant le savant la voie de la vérité et du bien ; elle éclaire le sentier de la bonne guidance et les chemins du salut ; et elle lui ouvre les yeux sur l’intelligence des signes du Seigneur de tous les mondes. Allah, ainsi est-il le plus Puissant orateur, dit : « Ce sont là des exemples que nous proposons aux hommes; mais seuls les hommes sensés sont à même de les comprendre» [Al-‘Ankabût ‘l’araignée’ :43]. Et, certes, l’Islam adopte, à l’égard de la science, une posture qui n’est égalée par aucune autre religion révélée ni par aucun choix méthodique séculier, à commencer par l’incitation à sa quête, par l’instigation à son acquisition, par le devoir de sincérité dans sa recherche, par le rang particulier -sis hormis celui du commun des mortels-, attribué aux gens de science pour leur connaissance recherchée d’Allah et la crainte qui lui est due. Et, enfin, les gens de science y sont glorifiés, et il leur est promis le bonheur éternel au Paradis. Les relations maroco-nigérianes, dans ce domaine, ont largement dépassé le niveau de l’échange vers l’acculturation complète, dans tous les sens du terme ; s’agissant d’interaction des éléments constitutifs de l’existence de l’homme, qui doivent être reliés entre eux pour faire sens ; et c’est peut-être cela même qui a poussé à proposer le concept de « culture scientifique » où l’on voit la résultante de trois composantes : la culture, la science et la méthode scientifique. La culture ici est l’ensemble des connaissances, des sciences, des lettres, des arts que l’homme apprend; elle est spécifique à l’intellect. Elle est comprise dans le sens d’un pont dressé vers la civilisation, qui, elle, est considérée comme la matière spirituelle perçue dans une machine inventée, un édifice érigé, un régime de gouvernance pratiqué. La civilisation est sensible, alors que la culture est mentale. Ainsi, dans le domaine culturel, se manifeste la puissante influence du Maroc sur le Nigéria, à travers la doctrine malékite qui s’est disséminée en Afrique de l’Ouest et qui maintient encore son fort impact, défiant toutes les tempêtes qui tentent d’en déstabiliser les ancrages. Les programmes d’enseignement au Nigéria sont construits en référence à la jurisprudence malékite, comme, par ailleurs, la Constitution nigériane stipule l’obligation d’inclure les fatwas de la doctrine malékite dans les tribunaux de la Chariaa; cette doctrine est adoptée par la commission des fatwas, et tous les ouléma qui ont émergé et se sont imposés au Nigéria sont des malékites, sans exception aucune. Ce solide ancrage est explicable par la richesse de la doctrine en elle-même. Elle est également attribuable aux titanesques efforts consentis par les ouléma Marocains pour la consolidation de ses appuis en Afrique subsaharienne. Puis elle est due encore aux efforts des ouléma Nigérians eux-mêmes, qui veillent à maintenir vivant cet héritage par l’étude, l’enseignement et la composition d’ouvrages, à tel point qu’ils en ont maîtrisé les sinuosités et les vallons, et en ont sondé les trésors bibliothécaires et les silos ; ils ont fait, finalement, du mot Alem (savant) le synonyme de ‘faqih selon le rite malékite’. A l’exception de quelques références orientales, elles-mêmes arrivées au Nigéria à travers le Maroc, le chercheur découvre une bibliographie -qui s’étend à perte de vue- de titres d’ouvrages d’auteurs Marocains sur la base de laquelle sont qualifiés les étudiants du ‘ilm au Nigéria. Le défunt professeur Mohammad Ibrahim Al-Kattani, dans la présentation de l’édition philologique de Fath Ach-chakour d’Al-Oualati, cite une longue liste d’ouvrages Marocains qui constituent la bibliographie essentielle des étudiants en ‘ilm au Soudan occidental; le Nigéria n’est donc pas une exception dans ce domaine. Le curriculum adopté dans l’enseignement, quant à lui, a été construit par les ouléma Marocains. Toutes les institutions de l’enseignement traditionnel l’adoptent depuis l’entrée au premier degré [le kouttab] et le début de la mémorisation du Coran, selon la version de Warch, jusqu’à l’apprentissage de l’écriture, selon la typographie marocaine spécifique par sa forme, son dessin, ses signes suprasegmentaux, et l’ordre de son alphabet ; puis l’apprenant est autonomisé pour la mémorisation des ouvrages fondamentaux (moutoune) scientifiques, en fiqh, en langue et en lettres. Cette influence peut devenir, parfois, directe, par la voie de la fréquentation réelle des savants Marocains, dont la présence dans ces régions n’a jamais été interrompue, dans le but de soutenir ces apprentissages. Elle peut, d’autres fois, être indirecte, à travers les ouvrages et les compilations marocaines largement diffusées, célèbres au Nigéria, au point de devenir des références incontournables. En ce qui concerne la fréquentation directe, l’on estime que, de manière absolue, le poète Ibrahim Ibnou Yakoub de Kanem (décédé en 609 de l’Hégire) est le plus ancien africain ayant fréquenté les établissements marocains en quête de formation. Sa renommée fut grande grâce à deux vers poétiques qu’il avait clamés en présence du Prince Al Mansour l’Almohade : Il a retiré son voile entre nous et mon œil Le voit, de crainte devant sa grandeur, derrière un voile Et il a daigné me rapprocher de lui, sauf que Je m’en suis éloigné, de déférence, quand je me suis ou approché. De nombreux savants Nigérians ont reçu leur formation au Maroc, parmi eux l’on compte le Cheikh Mohammad Amine Al Kanni qui, pendant deux ans, avait résidé à Fès, et qui avait visité Tripoli, Kairouan et Tlemcen et avait, après son retour à Bornou, œuvré grandement à la diffusion du ‘ilm. Il a été intronisé sur le Royaume de Kanem-Bornou. Il fut célèbre par sa science, sa rectitude, sa piété, ses ambassades dans les pays arabes, et ses querelles avec les princes des royaumes islamiques, limitrophes ou lointains. A l’autre versant, toutes les générations s’accordent à citer, des savants Marocains qui ont rendu visite au Nigéria et qui y ont laissé des héritages méritoires, leurs bienfaits et à les en célébrer ; tel sont les exemples du Faqih Makhlouf Ibnou Ali Ibnou Saleh El Balbali (décédé en 940 de l’Hégire) et d’Abderrahmane Ibnou Siqqine, mort en 956 de l’Hégire. Cependant, l’héritage le plus estimable dans la diffusion des sciences islamiques au Nigéria est attribué à l’Imam savantissime Mohammad Ibnou Abdelkarim Al-Maghili (décédé en 909 de l’Hégire) et qui s’est installé quelque temps dans les deux villes de Keshena et Kano ; avec le prince de cette dernière, à l’époque Mohammad Ramfa (903 de l’Hégire), il entretenait une relation si solide que celui-ci en avait fait son conseiller aux affaires religieuses. Ainsi, il fut le premier à instaurer un système de justice, de Hisba et d’administration pour le Royaume de Kano, à travers ses lettres d’orientation, comme le signale l’auteur cité dans le deuxième axe (Principe civilisationnel). Ces lettres ont été réunies sous le titre de ‘Correspondances sur les affaires de l’administration et de la politique d’État’ ; et une autre épître a été imprimée séparément sous le titre : ‘Recommandations à propos de ce qui est permis au gouvernant pour réprimer l’illicite’. Les lettres et fatwas d’El-Maghili ont été, durant de longs siècles, la référence de base dans la démarcation et l’éclaircissement de la voie à suivre par les gouvernants dans la gestion des affaires. Son influence a persisté durant des générations après lui, tant et si bien que nous avons découvert que les fondateurs de la dynastie Fouda, après quasiment trois siècles, ont estimé que les fatwas d’El-Maghili et ses lettres sont la source de lumière qui les illumine et le maître qui les guide. Ils n’ont eu de cesse de le citer et d’argumenter en recourant à ses idées et à ses opinions. Le savantissime Cheikh Othmane lbnou Foudy s’est basé sur les ouvrages de l’Imam El-Maghili dans l’organisation des affaires de sa principauté au niveau administratif et politique et dans la gestion des affaires de gouvernement et de jihad, et, avant cela, dans la théorisation des fondements de la pensée sur la base de laquelle l’Etat Foudy s’est érigé. A tel point que des chercheurs estiment que le Cheikh Othmane lbnou Foudy n’a pas eu d’autre inspiration aussi importante qu’El-Maghili; ce qui est effectivement très manifeste dans tout ce qu’il a composé et laissé en héritage. Un chercheur Marocain a reconstitué les références du Cheikh Othmane lbnou Foudy dans ses ouvrages, qui dépassent la centaine, et a abouti à la conclusion qu’elles sont toutes d’origine marocaine, sauf rare exception. Et si l’on devait citer un ouvrage spécifique, choisi sans nul autre, et qui influence le mouvement réformateur Foudy, il n’y aurait aucun doute que ce serait Al-Madkhal [L’Introduction] d’lbnou Al-Hâj Abdari Al-Fassi ; ouvrage socio-éducatif où son auteur décrit nombre de situations de la société musulmane, ainsi que l’état des hérésies et des déviations des gens de son époque, et il s’intéresse à rectifier les comportements du musulman dans sa vie quotidienne. L’intérêt porté par Cheikh Othmane lbnou Foudy au Madkhal a été si important qu’il l’a condensé dans un opuscule intitulé Loubab Al-Madkhal, puis il l’a imité dans un autre ouvrage Ihyâe as-sounnah wa ikhmad al-bidâa (revivification de la sounna et extinction des feux de l’heresie). Seigneur, Votre Majesté Commandeur des croyants ! Ces relations spirituelles, humaines et culturelles ont leur profondeur historique et leur horizon humaniste, si ancrée que personne ne peut ni les renier, ni les effacer ni entraver leur chemin par un quelconque obstacle. Et combien les colonisateurs ont tenté de le faire, et ont abouti à des échecs cuisants. Et si Vos nobles Aïeux ont toujours été les gardiens de ces relations tout au long de l’Histoire, les grandes œuvres que Vous entreprenez pour réunir la famille africaine sont véritablement une reviviscence de l’héritage de Vos aïeux et ancêtres. Le hadith affirme : « L’homme oblatif n’est pas celui qui donne; il est celui qui, si un lien utérin devait être rompu, fait en sorte qu’il soit renoué». Il n’y a nul doute que ces hautes initiatives seigneuriales constituent un rétablissement des liens de fraternité humanistes et de profession de foi, que les escrocs ont tenté de rompre, sans y jamais réussir. Les initiatives Marocaines dans ce domaine ont été honorablement accueillies, de la part des plus éloignés comme des plus proches. Voici, par exemple, le directeur de L’Observatoire d’Études Géopolitiques (OEG) français témoignant que l’engagement du Maroc envers l’Afrique et ses aspirations en a fait «L’unique pays Arabe qui dispose d’une politique africaine claire et continue, d’une connaissance précise et de relations humaines, culturelles et religieuses fructueuses avec les pays africains.» Et, pour finir, nous adressons nos vifs remerciements, la gratitude augurant de surcroîts de biens à Sa Majesté le Commandeur des croyants pour ses magistrales actions en faveur de la solidarité maroco-africaine, particulièrement, et dans tous les domaines de la bienfaisance, dont la volonté de servir l’Islam et d’être utile à l’Homme. Actions au nombre incalculable, et dont on ne peut dénombrer que quelques-unes: telles la dernière visite de Sa Majesté Commandeur des Croyants au Nigéria qui fut véritablement une triomphale ouverture à de larges horizons de coopération maroco-nigériane. Telle, pareillement, la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains, sur laquelle nous fondons de grands espoirs d’une nouvelle aube qui dissipera les nuages qui ont trop couvert le ciel de notre discours religieux. Toutes, donc, autant d’entreprises édifiées sur l’amour du bien, et sur la volonté de répandre la vertu; marquées du signe de la Maison du Prophète. Nous t’implorons, Ô Allah notre Seigneur, de bénir Sa Majesté Commandeur des croyants, et d’être son allié et de permettre qu’il soit le continuel recours du peuple Marocain, loyal, et celui de l’Oumma islamique d’un extrême à l’autre. Nous t’implorons, Ô Allah notre Seigneur, de le rassurer en son Prince héritier le Prince Moulay Al-Hassane, et de l’assister de son frère Moulay Rachid, ainsi que de l’ensemble des membres de la noble Famille Alaouite. Amen, Ô Toi, qui es l’Audient, le Proche, le Prompt à exaucer les prières ! Pr. Ibrahim Ahmad MAQARI, Imam de la Mosquée nationale à Abuja et Enseignant chercheur à l’Université Bayero Kano, Nigéria [1] Causerie religieuse hassanienne prononcée en présence d’Amir Al-Mouminine. Sa Majesté Le Roi MOHAMEMD VI, qu’Allah le glorifie et l’assiste, Jeudi 6 Ramadan 1438 de l’Hégire (01/06/2017).](https://cso.twinsgroupe.com/wp-content/uploads/2022/02/tour-300x196-1.png)
![La coopération entre le Royaume du Maroc et les pays Africains en matière de protection contre l’extrémisme et le terrorisme .[1] Grâces soient rendues au Seigneur des Mondes ! Et que la prière d’Allah et Son salut soient appelés sur le Seigneur des Messagers, ainsi que sur les Siens et ses Compagnons les plus nobles. Mon Seigneur, Commandeur des croyants ! Il est pour moi un insigne honneur de présenter cette causerie ci-devant Votre Présence qui nous couvre de son ombre ; en cette Nuit bénie, et dans le cadre de cette série scientifique sertie d’or ; la série des Causeries hassaniennes qui symbolisent une manifestation raffinée de Votre coutumière tradition de veille à la diffusion du savoir scientifique en général, et de la sensibilisation religieuse en particulier. Et ce, partant de Votre responsabilité de Commandeur des Croyants, issue de la mission de protection de la Religion et de la foi partagée ; et en vertu de l’allégeance prononcée par l’Oumma, sur foi de la protection des finalités ultimes de la Chariâa et qui consistent en la préservation de la religion, de la vie, de l’ordre général, de la justice et de la dignité de l’homme. Cette causerie a pour sujet une question d’une grande importance en ce temps actuel ; relative aux possibilités de coopération entre Votre Royaume chérifien et les autres pays d’Afrique, dans le domaine de la prévention contre la pensée du terrorisme; cet esprit qui voudrait se construire en fondant sur la falsification des textes religieux. Pour ainsi faire, nous avons composé la causerie en une présentation, suivie de trois axes. Dans la présentation, nous commencerons par expliquer le verset qui sert d’argument à la causerie, et qui est en l’occurrence: «Soyez plutôt solidaires dans la charité et la piété et non dans le péché et l’agression. Craignez Allah, car Allah est redoutable quand il sévit». [Al-Mâ’ida ‘la Table’ :3] Dans le texte coranique, al-birr, signifie: la recherche de l’accomplissement des meilleures bonnes œuvres, ainsi que de la satisfaction et du bien achevé et intégral. At-taqwâ, est le substantif nominal du verbe ittaqâ: il signifie « se méfier de quelque chose, de crainte qu’il ne soit dangereux ». Dans le vocabulaire de la Chariâa, ce mot est mis pour la crainte du châtiment d’Allah, en obéissant à ses ordonnances, et en évitant ses interdits. L’homme pieux, celui qui craint Allah, est donc celui qui, avisé, cherche à échapper à tout ce qui pourrait être infâme et nuisible. Le verset signifie donc: votre devoir, ô vous les croyants, de vous entraider pour faire le bien et pour craindre Allah. Le sens de « s’entraider » est de faciliter l’accomplissement des œuvres, de favoriser les bienfaisances et de montrer un esprit d’alliance et de soutien réciproque; afin que tout cela devienne une éthique généralisée à l’ensemble de l’Oumma. Et que le verset dise: « et ne vous entraidez pas dans le péché et l’agression», corrobore le sens de « entraidez-vous dans la piété la meilleure et dans la crainte d’Allah». Car, ici, il s’agit d’ordonner une chose, même si le verset notifie implicitement l’interdiction de son contraire, puisque quand l’intérêt est porté au contraire, il signifie que l’on vise spécifiquement une interdiction. L’entraide pour le meilleur des biens obéit à la même règle que tout ce qui pourrait servir la religion. Nous en entendons ici la protection contre la pensée terroriste; en considérant que tout ce qui a été interdit par Allah, le péché et la transgression, ne doit pas faire l’objet d’une entraide, tel que le terrorisme l’illustre par sa brutalité et par ses compromissions. Et pour accéder au vif du sujet, nous nous interrogeons: quel en est le fond? Il s’agit de l’exigence sociale, qui est la priorité suprême dans la vie des Musulmans, que ces derniers puissent vivre leur vie religieuse. Ils ont besoin, à cet effet, de connaître la science de la religion pour accéder à une compréhension scrupuleuse de son sens. Tout comme ils ont besoin d’apprendre ce que ses piliers et transactions réalisent dans le domaine de l’encadrement et de la préparation intellectuelle et logistique. Il est supposé de quiconque prend en charge les affaires des Musulmans, comme c’est justement le cas de la Commanderie des croyants au Maroc, de répondre à ces besoins. Et, grâces en soient rendues à Allah, c’est elle qui prend en charge cette réponse, la gère, la contrôle et la protège. Et il suffit d’une seule brèche, dans cette réponse ou dans cette prise en charge, pour que la pensée de l’extrémisme et du terrorisme en profite de la pire des façons. Malgré que certains pays d’Afrique ne remplissent pas cette condition, pour des raisons nombreuses, dont le choix d’une constitution laïque, la coopération du Royaume du Maroc avec eux est une responsabilité et un devoir religieux, faisant partie intégrante des droits de fratrie et des proches parents, prorogeant des liens établis depuis fort longtemps et préservant les leviers d’un destin commun. Premier axe : les constantes partagées sont une défense contre l’esprit du terrorisme Les constantes religieuses sont ce que nos aïeux ont choisi relativement au dogme, à la doctrine et au comportement spirituel. S’y attacher se faisait en parfaite harmonie avec la vie des Musulmans en Afrique. Cet attachement constituait, tout au long des siècles, une protection de la Religion contre l’esprit de l’immodération et de l’extrémisme. L’institution de ces constantes, à l’origine, pour un certain nombre de pays, était associée à la relation au Royaume du Maroc. Particulièrement, à travers la relation aux référents des machiakhas scientifiques et soufies. Les relations étaient plénières et interactives, et elles ont concerné l’élément humain autant que l’échange commercial et culturel. Du flanc même de ces relations sont nées les constantes religieuses partagées, qui sont l’achâarisme pour le dogme, le malékisme pour la doctrine et le soufisme en tant que pratique spirituelle. Ceci signifie que l’entraide n’est pas née d’aujourd’hui, bien qu’elle soit confrontée à des nouveaux défis. Le dogme achâarite Le dogme achâarite revêt donc une importance particulière du point de vue politique, à notre époque, car il est fondé sur le principe que le Musulman, dès qu’il a attesté verbalement de l’existence unique d’Allah et de la foi en cette unicité, et dès qu’il a confirmé que Mohammad est Son messager, devient un croyant. Et par conséquent, nul n’a le droit de l’excommunier, sous prétexte de pratique insuffisante, ou sous aucun autre prétexte. Car, si ce Musulman devait avoir une pratique discutable envers lui-même, la responsabilité lui en incombe et il n’en est redevable qu’à lui-même. Et s’il devait transgresser les droits d’autrui ou de la communauté, il en est redevable à la justice; et si, enfin, il devait contrevenir à une obligation entre lui et Son Dieu, il revient à Allah seul de le traiter selon Sa justice, s’Il en décide ainsi, ou par Sa faveur, si ainsi Il le décide. La question du dogme, comme on le sait, n’a pas beaucoup attiré l’attention du commun des gens, jusqu’à ce que l’affaire des takfiriyyines (excommunionistes) se soit aggravée à notre époque; pour cela donc, le partage du même dogme et sa défense sont des éléments de l’entraide dans la protection contre la pensée terroriste. La doctrine malékite Quant à la doctrine malékite, elle se spécifie par trois points, qui ont aussi leur importance politique, et qui sont : La richesse de sa démarche dans la déduction des commandements à partir des textes; et c’est ce qui explique l’importance de l’initiative raisonnée (al-ijtihad) pour cette doctrine; L’importance que le malékisme donne à l’intérêt général, et qui un lien direct avec la régularité des lois ; La décision de considérer, comme ressources, les pratiques courantes antérieures; et c’est la voie majeure pour lever la prétention de l’hérésie à propos de beaucoup de pratiques culturelles dans les pays Africains. Les effets constatés de l’ancrage solide de l’unité doctrinaire dans les pays d’Afrique à partir du Maroc ont conduit le chercheur John Hunwick, qu’Allah l’ait en Sa sainte Miséricorde, à dire du malékisme qu’il était le « don du Maroc à l’Afrique ». Ce en quoi il a parfaitement raison, pour les considérations suivantes: L’ordre général a besoin d’un paradigme de référence doctrinaire; car les divergences entre doctrines, bien qu’elles soient centrées sur des questions partielles, pourraient être utilisées dans l’embrouillement des esprits ordinaires, qui ont tendance à tant les grossir qu’elles prennent l’allure de vérités par lesquelles on voudrait combattre le non avenu; L’unité doctrinaire est une garantie de sérénité, particulièrement dans les mosquées; L’adoption par un État d’une doctrine est suivie par l’appui des ouléma, sur cette base convenue que les finalités de la Chariâa s’accomplissent par le perfectionnement continu. Ici nous devons indiquer la relation organique se trouvant entre la réforme politique et la prédication de la religion. Si la politique devait être défaillante en termes de réformes, il serait difficile aux prédicateurs de convaincre les gens et de les faire adhérer à des valeurs qui sont à même de repousser le trouble (fitna); et si, parallèlement, les affaires de la prédication, c’est-à-dire la gestion des affaires religieuses, devaient être mises en panne, elles perturberaient la politique; à cause de la propagation d’interprétations extrémistes, qui assurément mettront à mal tout effort de réforme. Le soufisme Quant à la troisième constante religieuse partagée avec les pays Africains, elle consiste en la pratique spirituelle connue sous le terme de soufisme. Faut-il rappeler que la majorité des prédicateurs et des commerçants Marocains en Afrique étaient des chadilites depuis le Septième siècle de l’Hégire? Jusqu’à la rénovation du mouvement soufi par les soins des disciples du Cheikh Ahmad Ibn Idriss et du Cheikh Ahmad Tijani, Ce dernier, dont le quatrième aïeul avait émigré de la tribu Abda près de Safi, vers Aïn Madhi, était retourné, lui, à Fès où il a fondé sa tarîqa, … Nous n’évoquerons pas ici les formes intellectuelles d’opposition aux doctrines du soufisme, particulièrement de la part de certains extrémistes; parce que justement la forme maroco-africaine du soufisme s’est distinguée par ses qualités éthiques pratiques, et par la capacité à la mobilisation populaire. Et parce que le soufisme fait usage de beaucoup d’empreints métaphoriques et de suggestions, il fait l’objet d’animosités de la part des personnes fidèles à une lecture littérale du texte religieux ; cette lecture étroite est à l’origine de l’esprit d’excommunication de l’interprétation particulière à propos de jihad, qui est décliné en des formes différentes de terrorisme. Deuxième axe : le contenu du projet du terrorisme Nous en arrivons, Mon Seigneur, au deuxième axe où nous allons montrer le contenu du projet du terrorisme; cette forme de pensée qui vise à l’effondrement des constantes religieuses citées, partagées entre le Royaume du Maroc et plusieurs pays Africains. Cette forme de pensée tente de donner une légitimité religieuse à son projet de takfir (excommunication), et ce, partant de trois axiomes: Il ne suffit pas de prononcer la chahada, attestation verbale, pour que la foi soit valide; Perpétrer des péchés capitaux est cause suffisante d’excommunication; Excommunier toute personne qui vivrait dans un pays où la chariâa n’est pas la référence à la loi, selon sa propre compréhension de la religion. La coopération requise, donc, est une entraide pour protéger les gens de cette forme de pensée et de ses avatars. Parce que cette pensée ne s’arrête pas à la menace de la sécurité et de l’ordre publics, mais elle va jusqu’à pousser à la menace de l’essentiel même de la religion. Car, personne ne peut se consacrer à l’adoration d’Allah en l’absence de la sécurité des individus, en l’absence de la stabilité générale de la communauté et en l’absence d’une acceptation de l’initiative raisonnée (ijtihad) et de la divergence, sur la base de laquelle les doctrines des gens de la Sounna et de la Communauté ont été engendrées. Le terrorisme qui, pour recruter ses partisans et justifier son existence, présente des idées religieuses et des slogans obscurantistes visant à semer le doute et à perturber la quiétude des esprits, afin de préparer à la fitna. Il analyse donc, selon son interprétation personnelle particulière la situation dans le pays où il voit le jour, en prétendant que telle situation est divergente du premier modèle décrit par le Livre et la Sounna et qui aurait été vécu par les prédécesseurs bienfaisants. Pour ces considérations, démanteler cette interprétation extrémiste et altérée est tributaire de l’intervention des ouléma et de leur collaboration. Les interprétations du terrorisme et ses prétentions sont appuyées par l’effort obstiné des groupuscules qui les adoptent, dans un but d’embrigadement. Elle peut rencontrer, dans certains cas, un terreau fertile qui se nourrit d’une vulnérabilité culturelle ou d’une vulnérabilité sociale. Cette vulnérabilité est contrastée par deux arrière-plans. Le premier est imputable à un extrémisme très ancien, celui des kharijites, particulièrement en ce qui concerne sa vision de la légitimité des systèmes de pouvoir selon l’Islam. Le deuxième se manifeste dans un contexte d’évolution doctrinaire au Dix-neuvième siècle après Jésus Christ. Ce qui a été suivi de l’évolution de ces pays concernés depuis la collision avec l’Occident, et tout s’en est suivi, tels les effets de la colonisation, de la deuxième Guerre mondiale, de la guerre froide, de la nakba en Palestine, de l’absence de régimes civils et du soulèvement des mouvements patriotiques, etc. Et eu égard à ce dont jouissent les ouléma de Votre Royaume, ô mon Seigneur, relativement aux conditions de liberté, de conviction et de rigueur méthodique, sous les auspices de la Commanderie des croyants, ils ont, depuis plus de dix ans, procédé à une analyse minutieuse de la pensée du terrorisme contre laquelle il faudrait s’entraider pour s’en préserver. Ils ont ainsi répertorié ses concepts les plus fréquents, d’après le processus de leur mise en application, en trois dispositifs: Le premier dispositif conceptuel est celui employé par le terrorisme dans la remise en question de la vie sociale. Ses concepts sont au nombre de quatre: la jâhiliyyah, la hâkimiyya, le walae et le barae et le takfir; Le deuxième dispositif conceptuel est composé de notions utilisées pour tenter de défaire les constantes des pays. Elles sont au nombre de quatre: le salafisme, le désaveu de l’unanimité, la non affiliation à une doctrine et, enfin, ordonner le convenable et réprouver le blâmable; Le troisième dispositif englobe les concepts proposant l’alternative prévue, et qui sont trois : le jihad, le califat bien-guidé et la choura. Comment les Ouléma voient-ils donc les commandements de la Chariâa relativement à ces concepts? Premièrement: définir la société moderne comme étant une survivance de la jâhiliyyah Les Ouléma pensent qu’il s’agit d’une assertion nulle et non avenue; car l’Islam vit aujourd’hui une période où, de manière exceptionnelle, les gens attestent de l’unicité d’Allah, qu’il soit exalté, et c’est la condition nécessaire par laquelle l’on distingue l’Islam de ce qui l’a précédé; Deuxièmement: la hâkimiyyah Les Ouléma pensent que clamer la devise « Il n’y a de commandement que celui d’Allah » vise à hasarder les gens dans un projet illusoire de pouvoir, dont les gens qui le proclament visent à s’ériger en tuteurs du détenteur légitime, usurpant ainsi et calomniant. Aussi ont-ils excommunié les gouvernants et, à leur suite, les populations qui auraient, selon leurs prétentions, abrogé les législations de la religion; Troisièmement: le walae et le barae Les Ouléma voient que les terroristes font usage de ce concept pour justifier les agressions qu’ils perpètrent contre ceux qu’ils accusent de »collaborer » avec les ennemis de l’Islam; c’est-à-dire ceux qui se mettent en situation d’allégeance envers l’ennemi, tout non-musulman. Ils ont donc faussé ce concept et l’on détourné de son sens initial et qui est : la prononciation de l’allégeance à Allah, à Son Messager et aux croyants dans une posture d’amour adorateur, adossé sur la foi en l’Unicité divine, la pureté loyale de son adoration, l’amour du Messager d’Allah et le soutien persévérant de sa Sounna, ainsi que l’amour des croyants. Et c’est là-même le fondement de la paix et de la tolérance en lesquelles la société islamique a foi. Quant au barae, il consiste en ce que le Musulman abomine l’impiété et qu’il la désavoue. Il n’implique absolument pas que le Musulman haïsse le non-musulman; bien au contraire, notre chariâa nous ordonne de les traiter avec justesse et avec bienveillance. En résumé, il n’est en aucun cas recevable de fonder les ordonnances du takfir sur le principe du walae et barae; parce que ce serait fonder sur un procès d’intention; ce qui n’est pas licite, du point de vue de la Chariâa. Quatrièmement: le takfir Il ne nous est pas parvenu des Compagnons du Messager, qu’Allah appelle sur lui Sa prière et Son salut, ni de la part des Ouléma des Musulmans, parmi les gens de la Sounna et ce, tout au long de l’Histoire, qu’ils auraient osé frapper d’excommunication une personne qui attesta qu’il n’a de dieu qu’Allah et que Mohammad est Son Messager. Ils ont même considéré qu’oser le faire est le pire des actes blâmables entre Musulmans. Le takfir est survenu à la suite d’une compréhension superficielle des textes et de la prédominance de l’ignorance et de l’absence de dévotion. Cinquièmement: le salafisme C’est-à-dire tenter de suivre l’exemple des Compagnons et des Successeurs et d’imiter leurs actes. Où les Ouléma pensent que la qualification de « salafisme » est mobilisée par la pensée extrémiste pour démanteler tous édifices construits par les Musulmans grâce à leurs efforts d’initiatives raisonnées (ijtihad), à leurs inductions et à la structuration de la jurisprudence; et ce sur le mode d’un accaparement indu de la part d’une minorité qui s’adosse à des faits extérieurs. Et ces prétentions sont [déjà, en elles-mêmes] la spoliation du droit de la majorité à adopter l’essence même de la religion; Sixièmement: le désaveu de l’unanimité comme condition nécessaire à la pertinence des commandements dont les Ouléma pensent qu’il s’agit d’un principe non valide, parce qu’il s’agit du principe même adopté par les kharijites qui excommuniaient tout Musulman tombé dans un péché, et qui refusaient de s’aligner sur toute personne qui ne partagerait pas leurs croyances. Septièmement : le non alignement sur une doctrine déterminée en matière de jurisprudence Selon l’avis des Ouléma, la multiplicité des doctrines sunnites est le fruit d’un effort titanesque d’induction des commandements; et elle est la preuve d’une ouverture d’esprit et d’une adaptation à la diversité, au sein des sociétés musulmanes, et aux cultures du monde ; alors que la pensée du terrorisme tente, en se faisant l’ennemie des doctrines, à créer un vide que les terroristes voudraient combler par leur doctrine pétrifiée. Huitièmement : ordonner le convenable et réprouver le blâmable Pour les Ouléma, la communauté des gens de la Sounna, c’est-à-dire leur grande majorité, considère que la mission d’ordonner le convenable et de réprouver le blâmable relève des compétences des détenteurs de la commanderie des Musulmans, dans leurs pays, et qu’il n’est pas admissible qu’elle relève des initiatives individuelles; Neuvièmement: l’appel à la guerre sainte (jihad) Les Ouléma décident que l’appel au jihad ne peut être fait à l’encontre d’autres Musulmans; et qu’il ne pourra pas même être levé que pour inciter à la défense; et considérés ses conséquences et ses dangers, il ne peut être accompli que par le détenteur des rênes du pouvoir, dans son pays. Dixièmement: la succession au Messager dans le commandement (le califat) Les Ouléma pensent que l’idée des terroristes, à propos de califat, est extrêmement brumeuse et ambigüe, même dans la conception de ses auteurs qui en usent comme d’un slogan attrayant, pour embrigader les partisans. Si la rectitude est la condition d’attribution du commandement, son exécution, déclinée en pratique, exige que l’on en admette la relativité, sous réserve de recourir à l’initiative raisonnée renouvelée ; la pensée terroriste, à propos de ce point précis déforme le sens de certains versets coraniques et fait semblant d’ignorer un nombre de hadiths authentifiés qui traitent de la question de la commanderie des musulmans avec beaucoup de réalisme. Onzièmement: l’établissement de la choura Les Ouléma voient que le principe de la consultation (la choura) est bien ancré en Islam. En conséquence, les Musulmans sont dans l’obligation de mettre à profit au maximum les acquis de la démocratie auxquels l’humanité a accédé, à une certaine époque historique et à travers une lutte acharnée entre le juste et l’injuste. Troisième axe : l’exposé des modalités d’entraide envisageables et vivement recommandées entre le Royaume du Maroc et les pays africains Ainsi donc, Mon Seigneur, après avoir expliqué le projet de la pensée terroriste, nous en arrivons au troisième axe, et qui consiste en l’exposé des modalités d’entraide envisageables et vivement recommandées entre le Royaume du Maroc et les pays africains, afin de se préserver de celle-ci. Les considérations exposées dans les deux axes précédents réclament que l’entraide revête des formes de partenariats dans des différents domaines : Premièrement: le partenariat dans l’expertise institutionnelle et de la législation au niveau social La réalité vécue montre qu’il n’est plus possible d’adopter une attitude neutre face à la vie religieuse des habitants, que ces derniers soient en situation de majorité ou qu’ils soient des minorités ; parce que la vie se cristallise autour de demandes sociales de nature démocratique. Pour cela, ne pas innover en solutions qui aménagent la réponse à ces demandes laissera le champ libre devant la pensée terroriste pour qu’elle conquière les esprits, et devant des intervenants qui n’ont pas toujours les qualifications nécessaires ni l’innocence requise, et qui exploiteraient à mal les besoins religieux des gens. Le Royaume du Maroc dispose d’une expertise dans l’interaction avec les besoins religieux des gens, en toute concordance avec la préservation des constantes et avec les choix démocratiques ; et ce, à travers une institutionnalisation déterminée par la législation, et à travers une nomenclature statistique et classificatrice des données religieuses territoriales ; y compris la connaissance des intervenants, qu’ils soient des individus, des institutions ou des courants. L’institutionnalisation, au plus haut niveau, y est donc matérialisée dans le contrôle exercé par une haute instance responsable, qui ne peut accéder au statut d’un ministère, et par la mise en place de mesures qui garantissent les affaires religieuses et leur évitent d’être mêlées aux influences politiques, et leur fluctuation au niveau de la société. Deuxièmement: l’institutionnalisation formelle de la fatwa L’institutionnalisation formelle de la fatwa en l’attribuant à des experts œuvrant pour l’ensemble de l’Oumma, et non pas pour telle ou telle tendance; et ce, en en confiant la responsabilité à qui mérite de l’être, scientifiquement et éthiquement, et qui réponde à la condition émise par le Prophète, à savoir la rectitude, c’est-à dire l’objectivité. Cette logique est fondée sur la considération acquise que toutes les mouvances sociales ont besoin des valeurs de la religion. Troisièmement : le partenariat dans l’expertise de la formation La religion est une science. Si on ne prépare pas les savants qui doivent la protéger, elle sera ruinée par les catégories de gens contre lesquelles le Messager, qu’Allah appelle sur lui Sa prière et Son salut, nous a mis en garde ; et il a désigné nommément les extrémistes, les fauteurs d’usurpation de la qualité de savants religieux et, puis, les ignorants. La pensée des terroristes réunit toutes ces tares; et à ce propos, si la coopération entre le Royaume du Maroc et les pays d’Afrique existe, il serait possible d’en élargir les horizons dans le domaine de la formation des ou, dans les établissements de l’Université Al Quarawiyine, et au niveau de la formation des imams au sein de l’Institut de Mohammad VI de la formation des imams prédicateurs et prédicatrices. Quatrièmement : Le partenariat en matière d’équipement Parce que la vie religieuse a besoin de lieux de culte, tels des mosquées ou d’autres. Toute insuffisance à ce niveau est exploitée par la pensée du terrorisme. Cette question exige aussi une législation qui réglemente la création de ces lieux, leur construction et leur gestion. Et l’expertise désirée est multidimensionnelle: logistique, législative et financière. Cinquièmement : le partenariat dans le domaine de l’expertise en l’encadrement Ce qui est entendu par l’encadrement de la vie religieuse est la disponibilité de savants, de prédicateurs, d’orateurs de prêche et d’imams. Nous savons tous que la pensée terroriste tente d’accéder à l’Oumma en s’infiltrant parmi ces cadres. L’expertise dans laquelle pourrait se construire un partenariat ne s’arrête pas seulement à ce qui vient d’être évoqué dans le domaine de la formation; il s’agit préférablement de la détermination précise de ce que doit être un imam ou un prédicateur de l’Oumma, loin de toute affiliation doctrinaire divergente ou d’une quelconque appartenance factionnaire ou politique étroite. L’imam de l’Oumma n’est justement pas un simple expert ou un acteur de prêche, il est avant tout une personne engagée envers l’Oumma, qui la protège de tout trouble (fitna), c’est-à-dire de toute pensée terroriste. Peut-être que la principale condition de son engagement serait qu’il prenne conscience, d’un point de vue jurisconsulte que la mosquée et la chaire lui sont attribués par procuration fiduciaire de la part l’Oumma. Les tariqas soufies font partie intégrante des institutions traditionnelles dédiées à l’encadrement de la vie religieuse. Et n’était leur immunité, les constantes de l’Oumma auraient été modifiées, et auraient été très facilement infiltrées par l’esprit terroriste. Et il serait recommandé, pour contrer l’esprit terroriste, que ces tariqas continuent à remplir. La coopération pour un enseignement religieux construit sur les choix de la majorité de l’Oumma quant aux constantes, suppose que l’on dédie des bourses d’études à des personnes habilitées à l’encadrement dans le cercle défini des constantes de leurs pays respectifs, tout en étant imprégnées, en même temps, des valeurs universelles. Sixièmement : le partenariat dans l’expertise de gestion Gérer la vie religieuse est basé sur les mêmes règles de gestion sociale et sociétale. Car, il répond également à la loi de la rationalisation, de l’ordre, de l’intégration et de la cohérence. Pour cela, il est nécessaire de recourir à des dispositifs de mise à disposition, de communication et d’accompagnement. Le Royaume du Maroc possède une expertise dans ce domaine, et que l’on pourrait adapter aux cas spécifiques des pays Africains. Septièmement : la coopération dans l’encadrement des autres piliers de la religion Et ce, parce que l’un des aspects impératifs est l’encadrement des adorations autres que la çalât (prière), comme le pèlerinage, le calendrier lunaire et la célébration des manifestations et anniversaires religieux. Huitièmement : le partenariat dans l’expertise de l’enseignement religieux (l’enseignement du Noble Coran) Il est impératif d’encourager la disponibilité de ce service, de l’améliorer et de le contrôler dans l’intérêt de l’Oumma. Car la pensée terroriste détourne l’apprentissage du Coran, et l’enseignement religieux en général, par la fondation d’écoles où ses principes sont dispensés. L’enseignement traditionnel au Royaume du Maroc est estimé pour son excellence au niveau mondial, parce qu’il ne laisse aucune place à la propagande terroriste, qui critique l’absence d’enseignement coranique dans les écoles publiques des autres pays. A ce propos, l’on n’oubliera pas d’ajouter, ô Commandeur des croyants, que la réforme de l’enseignement religieux dans les écoles publiques marocaines que Vous avez ordonnée pourrait, si les pays d’Afrique devaient s’en inspirer, faciliter l’accès des apprenants à la sémantique universelle issue du fond même du Texte religieux; afin qu’ils ne voient pas en la religion une science divergente des connaissances humaines, ou qui leur serait opposée. Car, un tel sentiment pourrait amener les jeunes à rechercher leurs valeurs dans toute pensée non religieuse, ou qui les conduiraient à tomber dans les rets de l’esprit terroriste et ses tentations trompeuses. D’où la nécessité de l’intégration des arguments des oulémas concernant la dénonciation des impostures et des ambigüités des terroristes, par le moyen desquelles ces derniers recrutent le commun des gens, aux sujets des programmes scolaires La coopération pour un enseignement religieux construit sur les choix de la majorité de l’Oumma quant aux constantes, suppose que l’on dédie des bourses d’études à des personnes habilitées à l’encadrement dans le cercle défini des constantes de leurs pays respectifs, tout en étant imprégnées, en même temps, des valeurs universelles. Neuvièmement: le partenariat dans l’expertise de la transmission (at-tabligh) [de la religion] et qui exige l’innovation de styles organisationnels convenant à chaque pays, afin d’empêcher le chaos et la permissivité quant à l’autorisation donnée à la création de centres religieux qui ont pour but de diffuser des idées s’opposant aux constantes de l’Oumma; particulièrement quand ces centres sont gérés ou financés de l’extérieur. Il est nécessaire donc de surveiller ces centres, par la force de la loi et dans le cadre des libertés garanties par chaque pays à part. Il en est de même pour les prédicateurs à travers les réseaux sociaux, pour lesquels [la surveillance] dépend de la vigilance des consommateurs vis-à-vis de ce qu’ils reçoivent; car la Sounna impose à l’homme pieux de choisir de qui il peut prendre sa religion. Dixièmement : le partenariat dans l’expertise du financement La satisfaction des obligations de la vie religieuse dépend du financement. L’entraide demandée, dans ce cas, selon la situation dans chaque pays, sera d’innover les modes d’autofinancement afin d’éviter le financement étranger s’il devait être suspecté de tenter de contrer les constantes du pays. Le partenariat ici pourrait aussi revêtir l’aspect d’une expertise centrée sur la structuration de l’institution du legs pieux (habous), sur la réglementation de la bienfaisance publique et sur la professionnalisation du métier d’imam ; comme c’est déjà le cas dans l’Institut Mohammad VI de la formation des imams prédicateurs et prédicatrices au bénéfice des étudiants africains. Onzièmement: le partenariat dans l’expertise des médias L’information a un rôle fondamental pour se protéger de la pensée du terrorisme. Elle peut, dans les pays Africains, mettre à profit le modèle marocain de cohabitation pacifique entre les religions et les tribus, et d’ancrage de la culture de la paix au plus profond de la conscience des peuples, à travers des techniques et des programmes médiatisés. La chaîne Mohammed VI pour le Noble Coran, Ô Mon Seigneur, représente un modèle exemplaire dans ce domaine, à témoin la grande part d’audition qu’elle a pu s’assurer dans les pays Africains; et elle s’apprête à accompagner les activités de la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains. Tout service médiatique destiné à faire connaitre le capital des valeurs et de modération dans les constantes est un service rendu au développement dans les milieux musulmans, au sein des pays africains. Conclusion Et pour conclure, ô Mon Seigneur, il appert de ce que nous avons exposé que se protéger de la pensée du terrorisme peut se réaliser si l’on veille à trois questions: la préservation des constantes, garantes de la modération, puis l’explication scientifique des prétentions du discours terroriste, en en montrant la vanité d’un point de vue jurisconsulte, et enfin le plaidoyer qui montre les aspects de la collaboration centrée sur des questions de gestion dont dépend la pratique religieuse. Les fruits attendus de cette coopération sont de nature éducative, sécuritaire et promotionnelle; eu égard à son impact sur l’ensemble de la société; elle sera complétée par la prise en charge de toutes les formes de précarité exploitées par le terrorisme. Sans nul doute, la réussite de cette entraide est tributaire, jusqu’à un certain point, du processus des valeurs au niveau mondial; c’est-à-dire des dangers de toute déviation politique qui pourrait renforcer l’extrémisme. Il est espéré de Vos initiatives, ô Mon Seigneur, dans le champ de la coopération avec l’Afrique, à l’instar du renforcement des relations avec les tariqas soufies, de la formation des imams et du développement des activités de la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains. Il est espéré donc la réalisation de résultats au niveau du diagnostic et de la prise de conscience, et qu’elles renforcent l’immunité intellectuelle nécessaire aux nations. Car, si cette immunité est consolidée, la pensée terroriste apparaîtra comme un simple virus contre lequel le corps peut lutter, en se maintenant en pleine forme et en bonne santé. Fasse Allah, ô Mon Seigneur, que jamais ne cessent Vos initiatives en toutes bonnes œuvres; qu’Il fasse toujours de Vous le Protecteur de toutes choses sacrées, et qu’Il Vous accorde de demeurer le Pionnier de l’entraide pour les bonnes œuvres et la piété, dans ce que vous avez entrepris avec Vos frères des pays d’Afrique; une entraide pour la préservation des affaires de la Religion dont Vous n’attendez que l’agrément d’Allah, et dont Vous ne voulez «ni récompense ni gratitude». Et grâces soient rendues à Allah, Seigneur de tous les Mondes. Hassan Azzouzi Professeur d’enseignement supérieur, Président du conseil local des Ouléma de la province de Zouagha Moulay Yaacoub et membre du conseil supérieur de la Fondation MOHAMMED VI des Ouléma Africains. [1] Conférence religieuse Hassanienne prononcée en présence d’Amir Al-Mouminine Sa Majesté le Roi MOHAMMED VI, qu’Allah le glorifie et l’assiste, le 26 Ramadan 1439 de l’Hégire (11/06/2018).](https://cso.twinsgroupe.com/wp-content/uploads/2022/02/MOU_0294_2-1.jpg)
![Les constantes de l’identité islamique en Afrique et les défis de sa préservation[1] Grâces soient rendues à Allah, Seigneur des mondes ! Et que la Prière et le Salut d’Allah soient appelés sur le Seigneur des Messagers ainsi que sur les Siens et sur tous ses Compagnons ! Mon Seigneur, Commandeur des croyants ! Votre cher pays, le Royaume chérifien du Maroc, est uni à l’Afrique par des liens dont les racines sont ancrées dans la Géographie, et dont les origines remontent aux profondeurs de l ‘Histoire ; rapports qui rattachent fermement le Maroc, et jusqu’à présent, à un continent avec lequel il a partagé un destin commun. Il a contribué à sa construction depuis mille ans, dans le cadre de l’Islam. Et les témoignages de ces liens se sont perpétués jusqu’à la période du colonialisme, puis se sont poursuivis durant les guerres de libération et après l’indépendance. A toute période, le Maroc a contribué à l’édification de l’identité de ce continent, sur la base de valeurs culturelles et de liens spirituels profonds. Car, il est connu de tous que l’Islam, considéré comme l’une des composantes les plus importantes de l’identité de ce continent, s’est installé dans beaucoup de pays africains à partir du Maroc, par les soins d’ouléma et de maîtres du soufisme qui gardent toujours en Afrique des adeptes estimant à sa juste valeur cette parenté scientifique et spirituelle, et qui en révèrent les obligations. Mon Seigneur, Commandeur des croyants ! Les peuples Africains ont épousé plusieurs religions. L’Islam arrive en tête dans une proportion proche des quarante-cinq pour cent. Il est talonné par le Christianisme avec quarante pour cent. Des religions locales ou asiatiques se partagent les quinze pour cent restants ; sans compter une faible proportion de gens qui n’ont aucune religion spécifique. Et alors que le Sunnisme était le dogme le plus répandu chez les Musulmans d’Afrique, la situation commence à relativement changer, selon les pays, après l’année mille-neuf cent quatre-vingts. Et afin que la situation ne tourne pas à la crise identitaire religieuse, la présence du Maroc au plus profond de l’Afrique est souhaitée à ce niveau, qui a autant d’importance que les domaines politique et de la coopération. Beaucoup d’événements nouveaux, aux conséquences négatives, sondent la portée réelle de la vigilance des partenaires africains. Car l’affaire, dans les milieux musulmans, ne s’arrête pas à la liberté religieuse dont on ne viserait que l’amour de Dieu. Et c’est une liberté garantie par l’Islam lui-même ; à preuve la Parole d’Allah, qu’il soit exalté : « Point de contrainte en religion » [Al-Baqara ‘La Vache’ :255]. Néanmoins, il serait à craindre, au vu du vécu réel des Musulmans, que la modification de la répartition géographique des doctrines conduise à une situation qui favoriserait un sectarisme qui déchirera assurément les contrées et qui posera des problèmes aux régimes des pays, si jamais les convoitises, sournoisement voilées sous des allures religieuses, devaient conduire les enfants de ces pays à s’entretuer. Afin d’éviter une telle situation, il faudra que la vigilance soit de rigueur ; et il faudra, Mon Seigneur, qu’elle prenne exemple sur Votre modèle unique, dans Votre pays le Maroc, et qui se concrétise dans la protection de son unité de toute forme de confusion ou de trouble. Vous avez un rôle continuel à jouer envers l’Islam en Afrique ; particulièrement parce que, consistant en l’aide que vous apportez et en le partenariat établi avec Vos frères, ce rôle ne comprend aucune intégration de force ni aucun envahissement. Il consiste, bien plutôt, en un processus et une continuité capable, grâce à la sincérité qui est la sienne, de se comporter avec perspicacité, spontanéité et objectivité. Car l’Islam doit désormais choisir : soit il résiste et se renforce en Afrique, soit cette dernière assistera à son anéantissement au premier siècle du troisième millénaire. Et tous les affiliés à cette religion doivent prendre conscience de la nécessité de procéder à l’analyse nécessaire, lucidement, mais aussi de tout ce que cela suppose comme défis à relever. Autrement dit, l’Islam doit concourir à résoudre les problèmes de l’Afrique, afin que les plus justes le perçoivent comme utile et indispensable. Il est de son devoir de prendre la défense de l’Afrique, et ne plus permettre à qui le voudrait, par ignorance ou par intrigue délibérée, de lui faire supporter les conséquences de problèmes avec lesquels il n’a aucun lien. Et ici, nous devons nous arrêter sur Votre décision de créer La Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains, dont le projet est exemplaire quant à la vigilance souhaitée pour l’Islam en Afrique. Car l’encadrement religieux a été dominé, jusqu’à présent, par le gigantesque travail pionnier des confréries soufies. Ces confréries, comme on le sait, encadrent depuis toujours les populations, comme elles encadrent les ouléma, parmi ses enfants, au niveau de l’éducation spirituelle. C’est pour cette raison que les ouléma en Afrique ont toujours été, dans leur majorité, des adeptes de ces confréries ; répondant parfaitement aux contraintes du contexte, en conjuguant le fiqh exotérique au fiqh ésotérique. Sauf que, désormais, les exigences présentes demandent à ce que les ouléma de toutes les confréries, les adeptes parmi eux autant que les sympathisants, s’inscrivent dans une organisation qui défende les constantes africaines et les protège de la suspicion et de la défiance. Et le fait que Vous ayez créé la Fondation citée relève de la prise de conscience de ces questions. L’Afrique va, pour se défendre grâce à l’Islam, au-devant de défis majeurs ; et c’est de ces défis que nous voudrions parler, avec quelque laconisme, invoquant à ce propos la Parole d’Allah, qu’il soit exalté : « C’est que, en effet, Allah ne modifie en rien les bienfaits dont Il gratifie un peuple qu’autant que ce peuple modifie lui-même son comportement » [Al-Anfâl ‘Les prises de guerre’ : 54]. Nous choisissons ce verset pour l’avertissement qu’il signifie aux gens : tout un chacun qui recevra un bienfait divin est dans l’obligation, à la fois, de rendre grâces à Allah et de tenter de le conserver. Parce qu’Allah, qu’il soit exalté, a promis de le pérenniser tant que l’homme lui-même en recherche la pérennité, en en reconnaissant la juste valeur. Le commandement du verset est spécifiquement adressé aux gens du Pharaon à qui Allah avait prodigué les faveurs de la foi, qu’ils ont troquées contre de l’impiété. Et ils étaient parmi les nations d’Afrique les plus puissantes. Quelques exégètes ont donné à ce verset un premier sens en pensant que les gens pouvaient changer leur état du pire vers le meilleur en trouvant les bonnes causes. Alors que les choses ne sont pas ainsi faites. Le verset est révélé pour que les gens prennent conscience de la nécessité de préserver le meilleur, afin qu’il ne change pas en pire. Ce qui est entendu ici, en rapport avec la situation des Musulmans en Afrique, est que ces derniers doivent remercier Allah que l’Islam soit arrivé jusqu’à leurs ancêtres, et qu’Allah les ait guidés sur le bon sentier, afin que cette faveur les couvre. Ce qui est exigé d’eux, en ce moment, est qu’ils accomplissent l’acte nécessaire de discernement, c’est-à-dire qu’ils opèrent une analyse minutieuse de leur situation actuelle et qu’ils sachent comment pallier les insuffisances, ou les défaillances, qui altèrent leur compréhension de la religion. Une partie de cette analyse réside dans ce que nous avons entendu, plus avant, par l’état présent des situations inédites ; comment pourrait-on, d’abord, se les représenter de la manière la plus exacte, puis, dans une étape ultérieure, comment y faire face efficacement. Et ce, dans un contexte où des nations sont sur le point de s’abattre sur les Musulmans, en les accusant de tous les maux et en les agressant. La situation des Musulmans en Afrique est proche de la vulnérabilité, et appelle l’urgence d’une reprise en main, et de l’instruction au discernement. Si nous regardons de près les défis les plus importants, nous pouvons les classer en deux sous-catégories, interne et externe. La catégorie des défis internes englobe cinq aspects : L’identité, l’affiliation communautaire ou nationale, la langue, l’analphabétisme et l’effort d’initiative raisonnée (ijtihâd), La catégorie externe recouvre des concepts et des faits exprimés selon quatre concepts : le libéralisme, la mondialisation, la laïcité et le terrorisme. Premièrement : les défis internes 1.L’Identité Le Musulman africain découvre dans sa religion des principes qui le raffermissent confortablement dans son identité complexe, et qui lui évitent de se sentir à l’étroit dans ses cercles concentriques. Tant fait alors qu’il est à l’écoute de la rhétorique d’un discours adressé à l’ensemble des gens de ce monde, tel que l’indique le verset argument de la présente causerie : « Ô Hommes, Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. En vérité, Le plus méritant d’entre vous auprès d’Allah, est le plus pieux. » [Al-Hujurât ‘Les appartements’ :13]. Être à l’écoute permet de lever les paradoxes, qui sont autant de défis, entre les composantes de l’identité, qu’elles relèvent de la négritude, de l’arabité ou de l’amazighité, ou d’autres appartenances, de l’affiliation auxquelles l’Africain souffre, s’il devait limiter son identité à un seul cercle, ou s’il devait mal articuler les cercles concentriques. Alors qu’en vérité ces derniers ont des zones d’intersection, tel que le montre le verset associant le local, exprimé par ‘nations’, et les ‘tribus’ ; ces deux mots ne désignant pas une étape historique dépassée et doivent être interprétés comme symboles d’une sagesse intime locale dont l’Homme a besoin pour d’innombrables raisons. Parce que l’horizon d’attente de toute appartenance est de préparer au suivant, sans renfermement sur soi, ni sectarisme, ni encore moins des complexes. Aussi la volonté d’agir doit-elle être orientée vers l’entre connaissance, qui présuppose la reconnaissance de l’égalité et de l’intérêt commun souhaité de toute existence, sans infatuation ni frustration. L’Africain musulman dispose de ce modèle qui le ramène à l’origine même de sa création et en fait un être non limité par sa tribu, ni par sa nation, ni par son pays ; que ce dernier soit celui délimité par des frontières ou celui plus vaste, le Continent. L’unique critérium de différence est celui de la piété ; qui inclut toutes les vertus, commençant par la bienfaisance envers soi et se terminant par la bienfaisance envers autrui. Et, ainsi cheminant de l’appartenance à la petite famille vers l’appartenance universelle, l’Africain musulman vit les différents niveaux de son identité. Il s’adosse à chaque niveau pour bâtir le niveau supérieur, en · toute consonance et aisance, acceptation et harmonie, avec les altérités issues de son pays, qu’elles soient en situation de minorité ou de majorité, se refusant ainsi à tout orgueil ou à toute crispation et transformant tous les aspects négatifs de ces appartenances en apport positif à la construction d’une identité commode, quiète et utile. 2.La Langue La diversité des langues des humains est une manifestation de la Création divine, dans ce monde. Et l’on ne peut considérer la pluralité des langues, si l’on se réfère à ce précepte divin, comme une source des problèmes de l’Homme, que ce soit d’ailleurs en Afrique ou en dehors d’elle. Le chercheur africain Hassane Gambo a étudié la carte linguistique du Continent africain, dans sa multiplicité et sa relation à la diversité ethnique, en montrant que la colonisation a modifié la structure linguistique du continent, marginalisant les langues locales au profit des langues étrangères ; et en montrant que même au sein d’une même langue existent des langues locales, dont chacune jouit du statut de langue officielle sur son territoire. Parmi les exemples que l’on peut citer, les quatre langues co-existantes dans les régions du Nigéria: la langue haoussa, la langue kanouri, la langue Ibo, et l’anglais, qui constitue, cependant, la langue commune des populations parlant toutes ces langues. Et dans le cas où la pluralité linguistique constitue, pour les peuples africains, un défi à l’identité communautaire nationale, il faudra trouver des solutions qui profiteraient des expériences de quelques pays où le plurilinguisme n’a pas empêché leur renaissance. Et ce, dans le cadre d’une stratégie nationale soutenue par les pays africains intéressées par le partenariat avec des institutions spécialisées ; stratégie où l’enseignement et les médias joueront un rôle décisif pour construire une harmonie où une forte interaction linguistique sera à la base d’une richesse culturelle, sans pour autant constituer un obstacle devant l’économie, ni un motif de divergence politique. 3.L’analphabétisme et la déficience de la culture Quand nous nous apercevons que l’incapacité à la lecture et à l’écriture figurent parmi les plus grands défis qui assiègent le monde musulman, et qui affaiblissent ses potentiels et handicapent ses plans de développement, nous nous étonnons comment des gens qui ne savent ni lire ni écrire pourraient profiter dans leur quotidien des valeurs de l’Islam. Ce fléau est véritablement la source de tous les autres qui rongent les sociétés musulmanes, dont celles africaines. Néanmoins, les pays africains en sont encore à traiter l’analphabétisme comme une simple question d’éducation et d’enseignement et d’éthique, sans plus. Parmi les causes de ce retard, se trouve l’échec de plusieurs pays du monde musulman, dont celui africain, dans la généralisation de l’enseignement primaire. Et il est habituel que l’on conçoive des solutions dont l’opérationnalisation est très coûteuse, adoptées dans d’autres régions, alors même qu’il faudrait concentrer tous les efforts dans l’imagination d’approches adéquates et convenant aux moyens limités de ces pays, et à leurs contextes. Et même les pays qui ont éradiqué, en Afrique, le fléau de la déscolarisation, restent confrontés à des problèmes culturels qui se manifestent dans le retard accusé à plusieurs niveaux. Niveaux parmi lesquels on peut énumérer : la technologie, l’action culturelle et ses divers domaines, le combat à armes égales contre les courants culturels qui les envahissent depuis l’Occident autant que depuis l’Orient, aux choix, des réformes et leur opérationnalisation, l’accommodation aux nouveaux systèmes économiques, les défis sociaux, la lutte contre le trio néfaste (pauvreté, ignorance et maladie). Auxquels il faut ajouter les moyens de résistance devant le sentiment de désespoir qui conduit les jeunes à l’abattement, les défis politiques, les régimes de gouvernance et d’administration et, enfin, la capacité de ces derniers à s’astreindre à la droiture, à la transparence, à la justice et à satisfaire aux attentes de leurs populations. 4.L’initiative raisonnée (Al-Ijtihad): connaitre le constant et le variable. Fondant sur cet abysse que représente la privation de l’instruction, et sur ce scandaleux affaiblissement de l’accès à la culture, se propagent beaucoup de conceptions altérées de l’Islam et autant d’interprétations erronées de ses commandements. La situation des Musulmans se détériore parce que, malgré leur affiliation à l’Islam, ils ignorent les règles les plus basiques de cette religion. Et cela constitue le plus grave des défis auxquels est confrontée l’identité musulmane en Afrique et ailleurs ; un défi plus dangereux pour l’Islam que ses ennemis. L’une des figurations conséquentes de cette situation est de ne plus savoir distinguer les priorités, et de ne plus être conscient de l’existence de constantes immuables, face à des choses tout à fait variables. Ceci qui constitue le terreau même qui favorise l’émergence du renfermement et dont profite l’extrémisme. La question de ce discernement dépend de l’encadrement religieux, quantitativement et qualitativement, c’est-à-dire que la responsabilité en incombe aux prédicateurs et à leur méthode de prédication ; car il est attendu des ouléma, quand il y en a, qu’ils expliquent aux gens que les constantes de la religion consistent en des commandements décidés par Allah dans sa Révélation. Et qu’une ordonnance divine est immuable, et qu’elle ne peut varier ni selon le temps ni selon l’espace. Car la propriété des cinq piliers de l’Islam, sur la base desquels la religion est édifiée, est d’être permanents, et ne varient selon aucune époque historique. Ainsi en est-il des cinq finalités universelles, objet de la jurisprudence de la Charia, qui restent inchangées quels que soient l’époque historique ou l’espace d’application ; et qui consistent en la préservation de la religion du Musulman, de sa raison, de sa propriété, de sa vie et de sa dignité familiale. Ce sont là des intentionnalités constantes et permanentes, qui doivent rester inchangées. Quant aux variables, elles consistent en des questions flexibles ; et qui peuvent, elles, changer selon le contexte géographique ou historique. Comme elles peuvent faire l’objet d’interprétations, heuristiques et inductives. Et l’on ne peut considérer une modification qui y interviendrait comme un dévoiement qui ferait diverger le fondement originel de sa permanence. S’il venait à changer, il ne toucherait en rien les bases immuables de la religion ; car, plutôt, son but est d’être un moyen par lequel Allah, qu’Il soit vénéré et magnifié, garantit la permanence immuable, et par lequel il assure la bienfaisance et l’adéquation de sa religion avec les différents contextes. Les variables constituent la majorité des ramifications des prescriptions de la Chariaa, à propos desquelles il y eut quelques divergences de compréhension, et des avis multiples, générant ainsi un effort de déduction ou d’induction qui, à son tour, a donné naissance à des écoles différentes, dont les quatre doctrines fondamentales. La divergence en est devenue une faveur divine et une clémence, pour l’aisance d’application qu’elle permet à l’Oumma. La diversification dans l’établissement de la Charia exige une très grande vigilance, lors du traitement de telle ou telle ramification; vigilance qui doit respecter tout rang et toutes les spécificités de taxinomie. Ainsi donc, il faut s’interdire de donner à la variable la même importance qu’à la constante; ni de se permettre d’attribuer à l’hypothétique le même rang que le décisif; et encore moins d’établir une équivalence entre le partiel et la plénier. Car chaque catégorie a un rang, une place et des règles qui lui sont propres. Mais il est important de souligner que ce que nous affirmons ne diminue en rien de la valeur d’une quelconque ramification de la Chariaa; et que, au contraire, il contient un appel à un traitement scientifique très minutieux de chacune des parties de façon immanente, et qui reste pertinente, tant que nous la considérons dans la perspective globale de la Chariaa. Les nouvelles technologies de communication pourraient, en principe, aider à remédier à l’insuffisance d’encadrement religieux parmi les Musulmans d’Afrique. Sauf que ces mêmes moyens pourraient faciliter leur induction en erreur, s’ils devaient être utilisés par les ignorants, les extrémistes et les agitateurs doctrinaires visant à ébranler les constantes des Musulmans des pays africains. Deuxièmement : les défis externes 1.La notion de ‘nationalisme’ Il existe des représentations, dont les porteurs pensent qu’il existe un conflit entre les identités communautaires nationales, en tant qu’appartenances raciales spécifiques, et l’Islam, considéré comme une religion qui transcende ces appartenances. Ils diminuent ainsi de la portée de l’identité islamique ; et cherchent même à la neutraliser. Cependant que le pratiquant voit que l’identité religieuse est justement ce qui donne à son existence matérielle ses dimensions spirituelles et morales. L’Islam, relevant le défi, tient à conforter le principe des identités nationales qui, pour lui, rentre sous la catégorie de l’intimité des relations familiales, qui a son intérêt pour la survivance de l’individu, la sécurité et l’émulation dans la bienfaisance. Sauf que l’Islam doit veiller, en même temps, à sensibiliser les identités nationales à la nécessité de s’ouvrir sur les autres composantes de l’existence humaine. Puisqu’il conçoit que le nationalisme, bien qu’il soit un élément naturel parmi les composantes vitales de l’identité humaine, ne désavoue pas chez l’homme le besoin de se lier à d’autres appartenances par lesquelles il préserve son existence physique et morale ; à commencer par l’appartenance à une famille, puis par l’appartenance à une tribu et à un peuple, puis à l’Oumma. Cette dernière revêt une posture non matérielle, étant donné qu’elle fonde un sens parmi d’autres, qui ne s’oppose pas aux spécificités de l’appartenance. Ce que l’Islam n’admet point, c’est le chauvinisme et le clanisme. Alors qu’il exige des Musulmans de gérer les bonnes pratiques sociales, de les soutenir et de profiter pour le mieux du sentiment national; comme, en revanche, il recommande d’éviter de rentrer en conflit avec quiconque d’autre, tant que ce dernier ne commet aucune agression contre la vie des gens ou leurs libertés. Car la religion des Musulmans ne les a pas laissés errer au hasard, relativement à cette question tout autant qu’à d’autres; bien au contraire, elle leur a recommandé de préserver les choses qu’elle a estimées inviolables, de s’entrappeler à l’endurance et de conduire leurs transactions de la manière la mieux bienfaisante. Toutes choses étant donc, et eu égard à la graduelle complexité des choses, elle prescrit aux Musulmans d’assumer la lourde responsabilité d’un discernement transactionnel pondéré, et leur déconseille de s’enliser dans une quelconque forme de division, sous quelque prétexte que ce soit. Les Musulmans sont donc les mieux préparés à l’ouverture sur les autres, aux niveaux qui servent le dénominateur commun à toutes les gens, en termes de valeurs fondatrices d’une alliance au service de l’Humanité; cette alliance étant considérée par l’Islam comme l’une des :finalités extrêmes de l’entre-connaissance entre Musulmans et non-musulmans. 2.Le libéralisme éthique Nous n’entendons pas par notre expression le libéralisme économique ; mais bien les comportements éthiques qui ne relèvent pas de ce que les Musulmans considèrent comme des ordonnances essentielles de la Charia qui leurs sont spécifiques ou des manifestations qu’ils rangent parmi les Sounna ou les qualités vertueuses les plus nobles. Le libéralisme signifie ici la dispense de se conformer à ces commandements et à ces bonnes pratiques, en particulier quand les comportements qui en découlent relèvent des interdits de l’Islam, ou de choses non tolérées ou équivoques. L’on observe ce type d’affranchissement ou de permission que l’on s’octroie, chez les non-musulmans dans les pays où cohabitent plusieurs religions, et c’est le cas de plusieurs pays d’Afrique, ou bien même chez certains Musulmans qui alternent des actions bienfaisantes et d’autres qui le sont moins, espérant toutefois le Pardon divin. Le défi ici réside en ce fait que les Musulmans soient capables d’appliquer le principe de non-contrainte à la religion, et d’œuvrer selon le principe de liberté et d’effort consenti pour convaincre de l’excellence de leur mode de vie, dans un style d’émulation exempt de toute violence. Et dans tous les cas, la bonne cohabitation est la dominante majeure qui puisse naître du respect de l’autre et de la généreuse et continuelle recherche de justifications plausibles à l’erreur d’autrui, loin de toute volonté d’en faire un motif d’abaissement ou de lui inspirer de la gêne. Personne donc ne peut exclure les Musulmans, sinon à la mesure où eux-mêmes demeurent incapables de comprendre autrui, et de le convaincre de la justesse de leur avis. La libéralité de l’autre peut constituer un défi, si le Musulman ne fait pas preuve de compréhension large de la religion ; chacun se comportant, en adoptant les principes qu’il a choisis, dans le cadre de la loi qui régit le pays, qu’il soit Musulman ou non, accommodant son comportement, tout en se libérant de certaines conséquences. Les pays du monde musulman pourraient élire quelques aspects du libéralisme, en accord avec quelques fondements de leur religion, dans le but d’une pratique pragmatique exigée par les contraintes actuelles. Ceci ne signifie pas, nécessairement, que, ce faisant, ils recherchent la divergence d’opinion ; mais bien plutôt que ces pays se comportent avec la souplesse nécessaire à l’accommodement du libéralisme, afin d’éviter au Musulman des situations embarrassantes. En tout état de cause, le plus important, c’est d’écarter toute posture absolutiste et tout empressement dans l’émission des jugements. Les particularités philosophiques du libéralisme font l’objet d’un débat auquel tout le monde peut contribuer ; sauf que le non-musulman n’est pas tenu de reconnaître la véracité d’une Révélation faite au Musulman, comme, en revanche, ce dernier n’est pas forcé de contraindre qui que ce soit à adopter sa croyance. Néanmoins, il serait à craindre, dans le cadre du libéralisme, que l’individu ne devienne un ogre tyrannisant la communauté. Ce qui imposera aux états de jouer leur rôle en protégeant cette dernière, à travers une vision qui ne limite en rien les libertés individuelles, mais qui sera fondée sur un jumelage équilibré entre les libertés individuelles et les droits de la Communauté. 3.La mondialisation Les pays africains sont désormais, et à un rythme croissant, influencés par la mondialisation. Et les réactions hésitent entre l’appréhension et l’enthousiasme ; à l’instar des autres peuples et sociétés du Sud. L’une des raisons du rejet de la mondialisation se trouve la crainte que l’héritage, empreint de spécificités identitaires, ne soit altéré. Le Dr Ahmed Ben Rachid voit que la mondialisation a recherché la suppression des obstacles et des frontières devant les entreprises, les institutions et les réseaux internationaux, économiques, communicationnels et culturels, afin qu’ils puissent mener leurs activités privées, dont l’effet est de brider le rôle de l’État dans les domaines de la finance, de l’économie, de la culture et de l’information. Cette vision montre que la mondialisation est une volonté, et une manière d’agir, faites pour consacrer la domination du système capitaliste et des valeurs libérales occidentales sur l’ensemble du monde ; ce qui ouvre la voie devant une hégémonie culturelle ou devant d’autres formes de domination. Le fait est donc que la mondialisation n’œuvre pas à la création d’un monde unifié, comme on serait tenté de le penser. Bien au contraire, elle vise à la création d’un système tissé en réseaux de mondes liés et connectés entre eux. La mondialisation culturelle projette une planète où les cultures s’imbriquent, avec cette possibilité qu’ils se complètent, et échangent les intérêts chacune selon sa position, dépendamment de sa vigueur, de son potentiel interactif et de sa participation. Faute de quoi, elle disparaitra si elle montre quelque vulnérabilité de présence ou de la faiblesse quant à son interactivité et à sa participation. Par conséquent, il est du devoir des Musulmans africains de repousser tout ce qui pourrait naître d’un malentendu autour de la mondialisation, d’en faire usage et d’éviter de ne la percevoir que sous l’angle de la domination. Car l’Islam ne connaît pas l’isolement ; au contraire, il reconnaît la diversité et la différence qui enrichissent l’existence ; comme il reconnaît le droit à chaque Oumma de défendre ses spécificités et ses patrimoines. Il œuvre à planter la fierté de l’identité religieuse et appelle également à semer la vertu de la tolérance. Le Musulman doit être indulgent envers les autres ; ne pas renier leur existence ; ni leur dénier aucun droit ni encore moins nourrir quelque sentiment de haine ou d’animosité envers eux. 4.La laïcité La laïcité est née au sein de la culture occidentale, sous l’impact de conflits historiques avec les institutions religieuses. Par la suite, ses expressions se sont propagées dans le restant du monde. Son principe est de construire les piliers de la vie commune loin de la religion ; tout en s’appuyant, dans la manière de gérer les affaires quotidiennes, sur la raison humaine, sa science et son expérience ; ce que certains appellent « sécularisation » ou athéisme. Beaucoup de penseurs ont contribué à l’élaboration de cette théorie, dont les plus célèbres sont : Nietzsche, Durkheim, Marx, Sartre, Freud. Comme l’on peut citer, dans les pays musulmans les noms d’Atatürk, Qasim Amine et d’autres. Parmi les problématiques associées à ce sujet se trouve le fait que certains pays africains à majorité musulmane aient inscrit la laïcité dans leurs constitutions respectives ; laissant ainsi aux initiatives privées la gestion des affaires religieuses, comme les mosquées et les écoles. Et l’expérience a montré la dangerosité de ce principe ; ce qui a fait que des pays ont essayé de rectifier la situation, partiellement, en désignant des responsables gouvernementaux des affaires islamiques. Sauf que ces faits n’autorisent pas le croyant à mal interpréter la laïcité ; ni à taxer d’impiété les gens qui y croient, afin de légitimer leur agression. 5.Le terrorisme L’Afrique est confrontée à trois types de conflits violents : les conflits tribaux, les antagonismes doctrinaires et les belligérances entre cultes. Il nous importe ici de nous focaliser sur les luttes entre Musulmans. La situation empire quand les querelles conduisent à l’appel de quelques forces étrangères pour intervenir dans les affaires intérieures de ces pays africains islamiques ; ce qui génère des situations de trouble, d’instabilité et d’insécurité. Dans la plupart des cas, il en résulte un repli de l’Islam, sinon une stagnation de l’état des personnes qui y sont affiliées, et le ralentissement de leur développement. Et pour sortir de cette impasse civilisationnelle, il faudra affronter l’extrémisme en tant que phénomène d’origine complexe. Il constitue un terreau fertile en Afrique, à cause de l’insuffisance de l’encadrement religieux. Et parce que l’extrémisme a des racines intellectuelles et sociales, il est nécessaire de faire converger, pour le combattre, les dispositifs sécuritaires, la sensibilisation religieuse, l’amélioration de l’enseignement, l’éradication des formes de corruption, le renforcement de la complémentarité économique entre les pays d’Afrique ainsi que l’échange d’expériences entre eux, la propagation de la culture de l’effort, le développement de la pensée scientifique critique, et l’encouragement de l’émulation et de l’innovation. La lutte contre le terrorisme exige aussi la surveillance de l’enseignement religieux et le renforcement du contrôle des instances des ouléma qualifiés, en les mettant devant leurs responsabilités afin qu’elles s’acquittent efficacement de leur devoir. Avec l’ensemble de ces dispositions, l’on pourra élaborer une stratégie pour combattre l’extrémisme de la pensée, tout autant que celui de la réalité quotidienne. Et en conclusion, Mon Seigneur, force est de dire que relever ces défis est le grand jihad qui attend les ouléma de l’Afrique. Les affronter ne dépend pas de la seule puissance matérielle, car l’affrontement qui nous importe est celui dont sont chargés les encadrants religieux, c’est-à-dire les ouléma et les imams. Mis à part eux, que chacun assume ses responsabilités selon la position qui est la sienne. Car les ouléma ont leur rôle, le plus important, et qui est inspiré de l’ordonnance d’Allah, qu’il soit exalté, Qui a voulu que dans chaque Oumma existe une légion d’hommes dévouée à la mission d’apprendre aux gens leur religion. Leur rôle est aussi inspiré de la parole du Messager le plus noble, qu’Allah appelle sur lui Sa meilleure prière et Son salut le plus élevé, annonçant qu’à chaque génération, des ouléma loyaux protègeront la religion de l’ignorance et de l’extrémisme. Comme il est inspiré de son hadith ordonnant que des ouléma se doivent de bien expliquer aux gens de ne prendre leur religion que de celui dont ils savent qu’il maîtrise la science religieuse, et qu’il est pieux, veillant à repousser tout trouble [fitna]. Car ces gens indiqués sont tout le contraire de ceux qui ne savent pas déchiffrer les suites néfastes de leur discours sur la religion et qui attisent le feu des troubles, sans pour autant être capables de l’éteindre. Leur impéritie leur fait croire que cela pourrait leur profiter. Hélas, ces gens, bien qu’ils prétendent défendre jalousement la religion, n’en possèdent pas la sagesse et n’assument pas leur responsabilité devant les gens qu’ils exhortent à la violence, sans respect aucun des devoirs sacrés de la prédication [tabligh] et de ses conditions. Allah, qu’Il soit exalté, nous a décrit les traits de ces sages que nous devons prendre comme exemple, pour relever les défis des Musulmans d’Afrique, et qui ne peuvent qu’être détenteurs de ces qualités. Allah, qu’Il soit exalté a dit : « Dis à Mes serviteurs d’employer dans leurs propos des mots aimables» [Al-Isrâ’ ‘Le voyage nocturne’ :53]. Comme il a dit : «Sois modéré dans ta discussion avec eux» [An-Nahl ‘Les abeilles’ :125]. Il a encore dit: «Rends le bien pour le mal» [Fussilat ‘Les Versets détaillés’ :33]. Le choix du meilleur style est laissé à la sage discrétion de ceux qui ont trouvé la bonne guidance. Par ailleurs, les prêcheurs de l’Islam en Afrique sont entourés de conditions internes et externes, nous en avons citées quelques-unes, qui demandent de savoir distinguer le meilleur du bien, et qui demandent avant tout l’immunité contre le »moindre mal » relativement au’ ‘pire que néfaste », la fitna. Il n’existe pas de recette unique pour interagir avec la réalité, mais, en revanche, une condition est nécessaire : la sincérité, la science et la piété. Et c’est ce que nous implorons Allah, qu’Il soit exalté, de donner aux ouléma, dames et messieurs, qui œuvrent au sein de La Fondation Mohammad VI des ouléma africains bénie, dont Vous avez fait don, en ces temps critiques, au continent africain. Qu’Allah agrée Vos œuvres, et que la Paix soit sur Vous. Et grâces soient rendues à Allah, Seigneur de tous les mondes. Pr. Safiya Abderrahim Tayeb Mohammad Ancienne ministre, Professeur à l’Université Oum Derman et membre de la section de la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains au Soudan [1] Causerie religieuse Hassanienne prononcée en présence d’Amir Al-Mouminine, sa Majesté le Roi MOHAMMED VI, qu’Allah le glorifie et l’assiste, le Vendredi 16 Ramadan 1439 de l’Hégire (01/06/2018).](https://cso.twinsgroupe.com/wp-content/uploads/2022/02/Rawane-Mbay.jpg)
